Publié le 10 octobre 2024 à 10h47. Google pourrait être contraint de modifier ses pratiques au Royaume-Uni pour offrir davantage de choix aux utilisateurs en matière de moteurs de recherche, suite à une décision inédite de l’Autorité de la concurrence et des marchés (CMA).
- La CMA a désigné Google comme ayant un statut de marché stratégique, ouvrant la voie à des interventions pour garantir une concurrence équitable.
- Google s’oppose à toute mesure susceptible, selon elle, de freiner l’innovation et la croissance au Royaume-Uni.
- La CMA envisage d’imposer des « écrans de choix » et des règles plus strictes concernant le classement des sites web dans les résultats de recherche.
L’Autorité de la concurrence et des marchés (CMA) a attribué à Google un statut particulier, celui de « marché stratégique », en vertu d’une nouvelle législation entrée en vigueur en janvier dernier. Cette décision, qui ne sanctionne pas Google pour des pratiques illégales à ce stade, lui ouvre néanmoins la voie à des mesures correctives potentielles. L’objectif est de dynamiser la concurrence dans le secteur de la recherche en ligne, dominé par le géant américain.
Selon Will Hayter, responsable des marchés numériques de la CMA, « nous avons constaté que Google conserve une position stratégique dans le secteur de la recherche et de la publicité liée aux recherches – avec plus de 90 % des recherches au Royaume-Uni effectuées sur sa plateforme ». La CMA a publié une « feuille de route » des mesures potentielles qu’elle pourrait prendre pour encadrer les activités de Google.
Parmi ces mesures figurent l’obligation d’intégrer des « écrans de choix » permettant aux utilisateurs de découvrir des moteurs de recherche alternatifs, ainsi que des règles plus transparentes concernant le fonctionnement des algorithmes de classement des sites web. La CMA souhaite également instaurer un « processus de plainte efficace » pour les entreprises estimant être défavorisées par le référencement de Google.
Google se défend en soulignant sa contribution à l’économie britannique. Oliver Bethell, responsable de la concurrence chez Google, a déclaré :
« Les entreprises et les consommateurs britanniques ont été parmi les premiers à bénéficier des innovations de Google, souvent des mois avant leurs homologues européens. En conséquence, ils en retirent une valeur significative : la recherche Google apporte des milliards de livres sterling par an à l’économie britannique, soit 118 milliards de livres sterling rien qu’en 2023. »
Il met en garde contre des interventions qui, selon lui, « inhiberaient l’innovation et la croissance au Royaume-Uni, ralentissant potentiellement les lancements de produits à une époque de profonde innovation basée sur l’IA ».
Cette décision intervient alors que Google est confronté à une pression réglementaire croissante à l’échelle mondiale. Aux États-Unis, la Cour suprême a récemment refusé d’intervenir dans une affaire concernant le Google Play Store. L’entreprise a cependant remporté une autre bataille juridique dans le même pays, évitant une possible obligation de vendre Chrome ou Android. En septembre dernier, Google a également été condamné à une amende de 2,95 milliards d’euros (2,5 milliards de livres sterling) par l’Union européenne pour abus de position dominante dans le secteur de la technologie publicitaire.
Les groupes de consommateurs se réjouissent de cette décision de la CMA. Rocio Concha, responsable de la politique de l’association Which ?, a qualifié cette mesure d’« étape importante », soulignant que « la collecte minutieuse de preuves par la CMA constitue un argument convaincant ». Elle ajoute que « la recherche en ligne évolue à mesure que les outils d’IA générative sont de plus en plus utilisés, mais la CMA doit encore agir pour lutter contre la domination néfaste de Google ».
La CMA prévoit de lancer une consultation publique sur les changements potentiels à introduire d’ici 2025.