Publié le 9 octobre 2025 à 21h07. L’entretien par inhibiteurs de PARP après un cancer de l’ovaire avancé est désormais une stratégie bien établie, mais les critères de sélection des patientes sont en constante évolution, notamment en fonction de leur statut de recombinaison homologue (HRD) et de la présence de mutations BRCA. Une récente analyse des données d’essais cliniques clés a permis de préciser ces indications.
- L’étude SOLO-1 a démontré l’efficacité de l’olaparib chez les patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire avancé avec mutations BRCA, avec une réduction du risque de progression de 45 % par rapport au placebo.
- L’essai PAOLA-1 a montré que l’association olaparib et bévacizumab est bénéfique en première intention, mais principalement chez les patientes porteuses de mutations BRCA.
- Les indications du niraparib ont été restreintes par la FDA aux patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire avancé avec HRD positif, suite à une analyse des données de l’étude PRIMA.
La prévention des rechutes du cancer de l’ovaire avancé grâce aux inhibiteurs de PARP est devenue une pratique courante en oncologie gynécologique. Les données issues d’essais cliniques majeurs ont permis d’affiner la sélection des patientes susceptibles de bénéficier de ce traitement, en tenant compte de leur statut HRD et de la présence ou non de mutations du gène BRCA. Le Dr Martin A. Martino, directeur médical de l’oncologie gynécologique à Ascension St. Vincent’s, a récemment passé en revue ces avancées lors d’une table ronde à Jacksonville, en Floride.
L’étude de phase III SOLO-1 (NCT01844986), publiée dans le New England Journal of Medicine en 2018, a été un tournant. Elle portait sur des patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire de stade III ou IV présentant des mutations BRCA. Ces patientes avaient bénéficié d’une chirurgie de réduction tumorale et présentaient une réponse complète ou partielle. Elles ont ensuite été randomisées selon un ratio de 2:1 pour recevoir soit de l’olaparib (Lynparza), soit un placebo, pendant une durée maximale de deux ans.
« À l’époque, cette étude a été une véritable révolution. Je me souviens avoir me demandé à quel moment il fallait arrêter le traitement après deux ans… Passons-nous à trois ans ? Nous nous posons la même question avec le pembrolizumab chez certains de nos patients, ce qui est une bonne chose. »
Martin A. Martino, MD, directeur médical de l’oncologie gynécologique à Ascension St. Vincent’s
L’étude SOLO-1 incluait 391 patientes porteuses de mutations germinales BRCA. Le critère d’évaluation principal était la survie sans progression (SSP) selon les critères RECIST 1.1, et les critères secondaires incluaient la survie globale (SG), la qualité de vie et d’autres facteurs. Une analyse à sept ans, datant de 2022, a révélé une réduction significative du risque de décès de 45 % dans le groupe olaparib par rapport au groupe placebo. À sept ans, 67 % des patientes traitées par olaparib étaient encore en vie, contre 46,5 % dans le groupe placebo.
L’étude PAOLA-1 (NCT02477644) a évalué l’association olaparib et bévacizumab chez des patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire de stade III ou IV nouvellement diagnostiqué, sans maladie évolutive après chimiothérapie. Initialement, le statut BRCA ou HRD n’était pas un critère d’éligibilité. La SSP était le critère d’évaluation principal, et les patientes ont été randomisées selon un ratio de 2:1. Elles avaient toutes subi une chirurgie, soit au début du traitement, soit à intervalles réguliers, et avaient reçu au moins trois cycles de bévacizumab associé à du carboplatine et du paclitaxel. L’objectif était de déterminer si l’ajout d’olaparib (100 mg deux fois par jour pendant deux ans) au bévacizumab améliorait les résultats.
Une analyse post hoc de la survie globale a montré que les patientes ayant subi une intervention chirurgicale initiale et ne présentant pas de maladie résiduelle avaient un risque plus faible de décès. En revanche, celles présentant une maladie résiduelle avaient un risque plus élevé. L’analyse de la survie globale médiane a révélé 56,5 mois pour le groupe olaparib plus bévacizumab, contre 51,6 mois pour le groupe bévacizumab seul (HR = 0,92 ; IC à 95 % : 0,76-1,12 ; P = 0,4118). Cependant, une analyse plus approfondie en fonction du statut BRCA, HRD ou HRD négatif a montré un bénéfice significatif uniquement chez les patientes porteuses de mutations BRCA.
L’essai PRIMA (NCT02655016) a évalué le niraparib chez des patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire ayant bénéficié d’une chimiothérapie à base de platine en première intention et ayant obtenu une réponse complète ou partielle. Les patientes ont ensuite été randomisées selon un ratio de 2:1 pour recevoir du niraparib ou un placebo. Les résultats initiaux suggéraient un bénéfice potentiel du niraparib, mais les données à long terme ont montré que les courbes de survie se croisaient et qu’il n’y avait pas de différence significative. Une analyse en fonction du statut HRD et BRCA a révélé un léger avantage dans le bras HRD positif, mais aucune différence significative dans le bras HRD négatif.
En conclusion, les inhibiteurs de PARP représentent une avancée majeure dans le traitement du cancer de l’ovaire avancé, mais leur utilisation doit être personnalisée en fonction du statut HRD et de la présence de mutations BRCA. Suite à l’analyse finale de l’étude PRIMA, la FDA a restreint l’indication du niraparib aux patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire avancé avec HRD positif, y compris les mutations BRCA.
Divulgations : Aucune divulgation pertinente n’a été signalée.
Références :
1. Moore K, Colombo N, Scambia G et al. Olaparib d’entretien chez les patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire avancé nouvellement diagnostiqué. N Engl J Med. 2018;379(26):2495-2505. doi:10.1056/NEJMoa1810858
2. DiSilvestro P, Banerjee S, Colombo N et al. Survie globale avec l’olaparib d’entretien lors d’un suivi de 7 ans chez les patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire avancé nouvellement diagnostiqué et d’une mutation BRCA : l’essai SOLO1/GOG 3004. J Clin Oncol. 2023 ; 41 (3) : 609-617. doi:10.1200/JCO.22.01549
3. Ray-Coquard I, Leary A, Pignata S et al. Olaparib plus bevacizumab en traitement d’entretien de première intention dans le cancer de l’ovaire : résultats finaux de survie globale de l’essai PAOLA-1/ENGOT-ov25. Ann Oncol. 2023;34(8):681-692. doi:10.1016/j.annonc.2023.05.005
4. Lorusso D, Mouret-Reynier MA, Harter P, et al. Survie sans progression mise à jour et survie globale finale avec l’olaparib d’entretien plus bevacizumab en fonction du risque clinique chez les patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire avancé nouvellement diagnostiqué dans l’essai de phase III PAOLA-1/ENGOT-ov25. Int J Gynecol Cancer. 2024;34(4):550-558. Publié le 1er avril 2024. doi:10.1136/ijgc-2023-004995
5. Monk BJ, Barretina-Ginesta MP, Pothuri B et al. Traitement d’entretien de première intention par le niraparib chez les patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire avancé nouvellement diagnostiqué : résultats finaux de survie globale de l’essai PRIMA/ENGOT-OV26/GOG-3012. Ann Oncol. 2024;35(11):981-992. doi:10.1016/j.annonc.2024.08.2241
6. Zejula. Informations de prescription. GlaxoSmithKline, 2025. Consulté le 9 octobre 2025. https://www.accessdata.fda.gov/drugsatfda_docs/label/2025/214876s003s004lbl.pdf
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