Une étude du Centre universitaire de santé Unisanté établit que les hommes âgés et les amateurs de poisson sont les plus contaminés par les PFAS. Les analyses sanguines montrent une accumulation plus marquée de ces substances chimiques persistantes chez ces groupes, confirmant le rôle de l’alimentation et de l’âge dans l’exposition.
Le lien entre consommation de poisson et taux de PFAS
Les chercheurs d’Unisanté ont identifié une corrélation directe entre la fréquence de consommation de poisson et la concentration de substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) dans le sang. Contrairement à d’autres polluants organiques persistants qui se fixent dans les graisses, les PFAS se lient aux protéines, s’accumulant ainsi dans les tissus musculaires des poissons.
Cette particularité chimique s’explique par la structure des PFAS, caractérisée par une liaison carbone-fluor, l’une des liaisons les plus fortes de la chimie organique. Cette stabilité rend les molécules extrêmement résistantes à la dégradation thermique, chimique et biologique, facilitant leur transport dans les systèmes aquatiques et leur absorption par les organismes vivants.

L’étude précise que les espèces situées au sommet de la chaîne alimentaire, comme les poissons prédateurs, présentent les taux les plus élevés. Ce phénomène de bioamplification signifie que les PFAS s’accumulent en concentration croissante à chaque étape de la chaîne trophique : du plancton aux petits poissons, puis aux grands prédateurs. Les consommateurs réguliers de ces produits absorbent donc des doses plus importantes de ces composés, souvent qualifiés de polluants éternels
en raison de leur résistance à la dégradation naturelle.
La prédominance de la contamination chez les hommes âgés
Les données d’Unisanté révèlent que les hommes présentent des niveaux de PFAS systématiquement plus élevés que les femmes. Cette disparité s’accentue avec l’âge. Les chercheurs attribuent cette différence à des facteurs biologiques et comportementaux.
Sur le plan physiologique, les femmes éliminent une partie des PFAS via les menstruations et la grossesse, un mécanisme d’excrétion dont les hommes sont dépourvus. Par ailleurs, l’accumulation est cumulative. Comme les PFAS ont une demi-vie très longue dans l’organisme humain — certains composés mettant plusieurs années à être éliminés à 50 % — les individus plus âgés ont été exposés à ces substances sur une période plus étendue.
Cette exposition historique est particulièrement marquée pour les générations nées avant les restrictions réglementaires. Durant les décennies où l’utilisation industrielle de certains PFAS, comme le PFOS (sulfonate de perfluorooctane) et le PFOA (acide perfluorooctanoïque), était à son apogée, ces substances étaient omniprésentes dans les mousses anti-incendie, les traitements imperméabilisants pour textiles et les revêtements antiadhésifs.
Les risques sanitaires et l’encadrement réglementaire
L’exposition prolongée aux PFAS est associée à plusieurs perturbations endocriniennes et métaboliques. Selon les analyses du centre de santé, des concentrations élevées de ces molécules peuvent interférer avec le système immunitaire et modifier les niveaux de cholestérol dans le sang.

Au-delà du cholestérol, la littérature scientifique et les observations de santé publique associent souvent les PFAS à une diminution de la réponse immunitaire, notamment une réduction de l’efficacité des vaccins, ainsi qu’à des perturbations de la fonction thyroïdienne et des risques accrus de certaines pathologies hépatiques.
L’étude d’Unisanté s’inscrit dans un contexte de surveillance accrue en Suisse et en Europe. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a déjà abaissé les seuils d’exposition tolérables pour quatre PFAS majeurs : le PFOA, le PFNA, le PFHxS et le PFOS. L’EFSA a établi une dose hebdomadaire tolérable (DHT) groupée de 4,4 nanogrammes par kilogramme de poids corporel pour la somme de ces quatre substances.
Les résultats de l’étude suggèrent que les recommandations alimentaires pourraient devoir être ajustées pour les populations à risque, notamment en limitant la consommation de certaines espèces de poissons contaminés. En Suisse, le suivi de la qualité des eaux et des sédiments, coordonné notamment par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), permet d’identifier les zones de contamination, souvent liées à d’anciens sites industriels ou à l’usage de mousses extinctrices sur des bases militaires et des aéroports.
L’incertitude demeure quant à l’impact exact des doses observées dans la population générale sur le long terme. Les chercheurs préconisent un suivi régulier pour déterminer si la réduction actuelle de l’usage industriel des PFAS se traduit par une baisse effective des concentrations sanguines chez les hommes âgés, dont le corps stocke ces substances sur plusieurs années.
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