Derrière les performances étincelantes de Sabrina Carpenter, il y a un regard discret mais essentiel : celui du photographe Alfredo Flores. Récompensé aux iHeart Radio Awards, il capture l’ascension de la chanteuse américaine, des débuts de son album « Emails I Can’t Send » à la tournée triomphale « Short n’ Sweet », et s’apprête à la retrouver sur scène pour une nouvelle série de concerts en Amérique du Nord.
Alfredo Flores, 36 ans, est l’homme qui immortalise les coulisses et les moments clés des tournées de Sabrina Carpenter. Ses photos, notamment celles de la chanteuse posant avec une tasse à l’effigie de la ville où elle se produit, sont devenues reconnaissables entre mille. Il a su saisir l’évolution artistique de Carpenter, et son travail a été récompensé par un iHeart Radio Award de meilleur photographe de tournée.
Fraîchement revenu des VMAs et porté par le succès de son dernier album, « Man’s Best Friend », Flores ne se repose pas sur ses lauriers. Il s’attache à renouveler son approche à chaque concert : « Je cherche constamment à trouver de nouvelles façons de filmer le même spectacle », explique-t-il. Il joue avec les angles, les objectifs – grand angle, téléobjectif, fisheye – et reste fidèle à Canon, la marque d’appareils photo qu’il utilise depuis toujours.
Son parcours dans le monde de la photographie musicale est profondément ancré dans son enfance, marquée par les appareils photo jetables, les laboratoires photo 24 heures sur 24, les magnétoscopes VHS et les albums photos de vacances. Une révélation est venue lors d’une émission de VH1, « Pop-Up Video », qui décryptait les clips musicaux : « Je me suis dit : ‘Quelqu’un crée ça !’ », se souvient Flores. C’est à ce moment-là que son intérêt s’est professionnalisé.
En 2008, avec l’essor de YouTube, il s’installe à Los Angeles pour approcher les réalisateurs et producteurs qui l’inspiraient. Il a persévéré jusqu’à obtenir un stage chez Geffen Records, où il a fait preuve de son sens de l’observation en compilant des photos de magazines pour les storyboards de clips musicaux. Rapidement, son talent a été reconnu et il a pu travailler sur le plateau de tournage du téléfilm « School Gyrls » en 2009.
C’est sur ce tournage qu’il a croisé la route d’un jeune artiste canadien en pleine ascension : Justin Bieber. Cette collaboration a débouché sur la réalisation du clip « Love Me », qui capture les débuts de la carrière de Bieber, alternant des plans de lui chantant devant la caméra avec des images de fans, des conversations avec Usher et des angles mettant en valeur sa coiffure emblématique.
En 2020, malgré l’arrêt du monde, Flores a continué à travailler. Il a co-réalisé le clip « Stuck with U » avec Bieber, un montage de couples filmés chez eux pendant le confinement, en duo avec Ariana Grande. Un hymne à la solidarité de 4 minutes et 17 secondes, selon les termes du photographe.
Flores a également collaboré étroitement avec Ariana Grande tout au long des années 2010, participant à la création de visuels marquants, comme la pochette de l’album « Thank U, Next », où elle apparaît la tête en bas, ou le clip festif « Santa Tell Me ». Il a également co-réalisé « Monopoly », une collaboration entre Grande et Victoria Monét, en intégrant des images d’archives tournées avec un magnétoscope, un clin d’œil à son enfance.
Le travail de Flores est souvent lié à celui du réalisateur de clips Dave Meyers, un Grammy Award winner reconnu pour ses visuels audacieux. Meyers a salué le travail de Flores : « Pour moi, les photos de coulisses d’Alfredo sont comme un album souvenir de l’expérience que nous avons tous vécue. Je suis tellement immergé dans le processus créatif que je ne suis pas conscient de ce qui se passe. Revoir son travail me permet d’apprécier les histoires qui se racontent autour de nous, la passion que nous partageons tous pour la création. Ce sont ces histoires qu’il capture encore et encore. »
Souvent, Flores immortalise ces instants volés avec un appareil photo Polaroid, laissant la magie opérer grâce à la lumière et au hasard : « C’est la couleur, le grain, l’imperfection de tout cela », explique-t-il.
La musique pop, par définition, est liée à son époque. Pourtant, les artistes d’aujourd’hui puisent dans le passé, comme Carpenter qui a repris « Mamma Mia » d’Abba, ou Grande qui a samplé ‘N Sync dans « Thank U, Next ». MTV et VH1 ont encore beaucoup à offrir aux réalisateurs de clips d’aujourd’hui. Il y a une pérennité dans les chansons pop, comme dans les moyens d’expression qui leur sont associés.
« Quand je travaille avec un artiste, nous visons la longévité », conclut Flores, un sentiment qui n’est pas surprenant de la part de celui qui prend une photo Polaroid d’une star de la Gen Z qui encense le disco.
