Publié le 15 janvier 2026 à 05h16. Alors que l’Ouganda s’apprête à voter, l’arrestation d’une critique virulente du régime et la montée en puissance du fils du président ravivent les inquiétudes quant à l’avenir démocratique du pays.
Sarah Bireete, militante des droits humains et directrice du Centre pour la gouvernance constitutionnelle, a été arrêtée quelques jours seulement après avoir dénoncé les pratiques antidémocratiques du gouvernement ougandais. Son arrestation, selon Amnesty International , intervient dans un contexte de répression croissante à l’approche des élections.
« L’État veut que les élections ne soient qu’une sorte de rituel, mais le peuple en a fait une véritable compétition. L’Ouganda est l’un des pays au monde avec la population la plus jeune et ils veulent du changement. Cela sème la panique au sein du régime », déclarait Sarah Bireete le 23 décembre à l’agence de presse AP.
Depuis 1986, Yoweri Museveni dirige l’Ouganda d’une main de fer, tout en cultivant une image de démocrate sur la scène internationale. Mais selon Bireete, cette façade s’effrite. « L’Ouganda a toujours été une dictature militaire sous le président Museveni. Aujourd’hui, les preuves sont au grand jour et tout le monde peut constater que nous ne sommes témoins d’aucune démocratie. Le pouvoir est détenu au sein de la famille et transmis aux frères et aux fils », a-t-elle affirmé.
La crainte d’une succession dynastique est au cœur des préoccupations. Muhoozi Kainerugaba, fils aîné de Museveni et actuel chef de la défense ougandaise, est pressenti comme son successeur. Il s’est même présenté à l’élection présidentielle avant de se retirer, suscitant des interrogations sur les pressions exercées par son père.
Le comportement erratique de Muhoozi Kainerugaba sur les réseaux sociaux, notamment X (anciennement Twitter), inquiète également. Il a tenu des propos menaçants envers des pays voisins, comme le Kenya, et a même fait allusion à la décapitation de Bobi Wine, un des principaux leaders de l’opposition.
L’Ouganda, pays jeune où près de 80 % de la population a moins de 35 ans, est confronté à un fossé générationnel. Si Museveni reste populaire auprès des générations qui se souviennent de la fin de la guerre civile, les jeunes Ougandais aspirent à un changement politique et économique réel. Ils dénoncent l’autoritarisme du régime, la corruption et le manque d’opportunités.
La police et l’armée ougandaises sont connues pour leur répression brutale des manifestations. À deux jours des élections, l’accès à Internet a été coupé, une mesure qui contredit les promesses de liberté d’expression et de démocratie. Des images diffusées par Reuters montrent des militaires gardant la voiture de campagne de Museveni, tandis que des accusations d’attaques contre les militants de l’opposition sont portées contre ses forces de l’ordre.
L’Ouganda, surnommé la « Perle de l’Afrique », a connu une histoire marquée par des régimes autoritaires, dont celui d’Idi Amin. Museveni est souvent perçu comme un héros par les Ougandais de plus de 50 ans, mais son long règne est de plus en plus contesté par une jeunesse impatiente. L’avenir du pays dépendra de la capacité du régime à répondre à ces aspirations et à assurer une transition démocratique pacifique.