Publié le 15 octobre 2025 à 19h16. L’écrivain palestinien Basim Khandaqji, lauréat du Prix international de la fiction arabe, a été libéré après 21 ans de prison dans le cadre d’un échange d’otages négocié avec l’aide de Donald Trump. Son parcours, entre militantisme et création littéraire, témoigne des complexités du conflit israélo-palestinien.
- Basim Khandaqji a été condamné à trois peines de prison à perpétuité pour son rôle présumé dans un attentat suicide en 2004.
- Il a continué à écrire en prison, publiant un roman salué par la critique qui a été traduit en plusieurs langues.
- Après sa libération, il exprime son scepticisme quant aux perspectives de paix, tout en se réjouissant de la fin des combats à Gaza.
Après plus de deux décennies derrière les barreaux, Basim Khandaqji, 41 ans, a retrouvé la liberté lundi dernier. L’écrivain palestinien, reconnu pour son roman Un masque, la couleur du ciel, couronné par le prestigieux Prix international de la fiction arabe en 2023, faisait partie des 250 Palestiniens condamnés à perpétuité libérés dans le cadre d’un accord d’échange d’otages. L’opération a été rendue possible grâce à la médiation de l’ancien président américain Donald Trump.
Né à Naplouse, en Cisjordanie occupée, en 1983, Khandaqji a été arrêté à l’âge de 22 ans, en pleine Seconde Intifada. Il a été condamné à trois peines de prison à perpétuité pour son implication dans un attentat suicide survenu en novembre 2004 sur un marché de Naplouse, qui avait fait trois morts. Selon l’armée israélienne, il aurait facilité l’entrée du kamikaze dans la ville. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a toutefois estimé que son procès n’avait pas été équitable.
Déporté en Égypte après sa libération, Khandaqji se trouve actuellement dans un hôtel, encore sous le choc de son retour à la liberté. Dans un entretien téléphonique accordé à La Nación, il a exprimé son bonheur, mêlé à une profonde tristesse pour ses camarades restés en prison. Il a également fait part de son scepticisme quant à la possibilité d’une résolution durable du conflit israélo-palestinien.
« Je ne crois pas à ce plan de paix, mais au moins il a réussi à arrêter le génocide à Gaza. »
Basim Khandaqji, écrivain palestinien
« Je vais bien. Maintenant, je suis au pays des gens libres et j’essaie de comprendre ce qui m’est arrivé après 21 ans de prison. J’essaie de comprendre cela et je pense que j’y arriverai », a-t-il déclaré.
L’écrivain a déjà plusieurs projets en tête. Il envisage d’écrire un roman sur un ami resté emprisonné. « J’ai écrit ce roman dans ma tête, en prison. Au cours des deux dernières années, les geôliers israéliens nous ont confisqué tous nos stylos, papiers, cahiers et livres. J’ai donc essayé d’écrire un roman dans ma tête et je pense que j’ai réussi. Je me concentrerai sur ce roman sur les relations entre Palestiniens et Israéliens », a-t-il expliqué.
Sa première expérience en Égypte a été marquée par l’impossibilité de retrouver sa famille. Les autorités israéliennes ont refusé de laisser sa famille le rejoindre depuis la Cisjordanie. « Me voici, à l’hôtel, dans l’hospitalité du pays égyptien. Pour l’instant, je ne sais pas ce qui va m’arriver, où je vais, où je vais rester. J’attends de voir ma famille et d’essayer de comprendre, de penser à tout ce qui est derrière moi, autour de moi et devant… », a-t-il confié.
Khandaqji a évoqué les difficultés de la vie carcérale, notamment les violences subies lors de sa libération. « Quand ils nous ont fait sortir de prison, ils nous ont battus, quand ils nous ont emmenés au point de livraison à la frontière, ils nous ont battus. Ils m’ont frappé à la poitrine et c’est très douloureux, mais ce qui fait mal, c’est la liberté. C’est la douleur de la liberté », a-t-il témoigné.
Malgré les épreuves, l’écrivain tire une force particulière de l’accueil réservé à son œuvre. « Cela veut dire que je suis le grand gagnant, je me sens gagnant maintenant parce que mes écrits ne parlent pas seulement de droits, c’est un acte de liberté, c’est un acte de défi, c’est un acte d’existence », a-t-il affirmé. Il a également souligné l’importance de la traduction de ses textes dans de nombreuses langues.
Interrogé sur l’avenir, Khandaqji a réaffirmé son attachement à une solution d’un État unique, démocratique et égalitaire pour tous. « Nous ne pouvons ouvrir aucune voie avec les sionistes ou avec les Israéliens qui ne croient pas à l’existence du peuple palestinien », a-t-il déclaré. Il a également critiqué le plan de paix proposé par Donald Trump, le jugeant insuffisant et manquant de volonté politique.
Khandaqji a révélé avoir été placé à l’isolement et menacé après avoir remporté le prix littéraire, ce qui témoigne des tensions persistantes autour de sa personne et de son œuvre.