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« Ils ont tué mon fils unique » : les jeunes footballeurs ouest-africains arnaqués par de faux agents | Développement mondial

Un jeune gardien de but sénégalais de 18 ans a été retrouvé mort au Ghana après avoir été piégé par un réseau de fausses promesses de carrière en Europe. L'affaire met en lumière les dangers croissants auxquels sont…

« Ils ont tué mon fils unique » : les jeunes footballeurs ouest-africains arnaqués par de faux agents | Développement mondial

Un jeune gardien de but sénégalais de 18 ans a été retrouvé mort au Ghana après avoir été piégé par un réseau de fausses promesses de carrière en Europe. L’affaire met en lumière les dangers croissants auxquels sont confrontés les aspirants footballeurs africains, victimes d’escroqueries et d’exploitations.

Diodo Sokhna se souvient d’un dernier appel de son fils, Cheikh Touré, empreint d’une tristesse inhabituelle. L’optimisme qui l’avait animé au moment de son départ pour ce qu’il croyait être le tremplin vers une carrière professionnelle avait disparu. Après cet échange, le silence s’est installé. Les messages WhatsApp envoyés par la mère restaient sans réponse, affichant uniquement la redoutable coche grise. Quelques jours plus tard, un appel d’un numéro inconnu, une voix étrangère, lui annonça l’impensable : son fils était décédé. « J’ai crié. Mon fils était mort et je suis brisée », témoigne-t-elle, dévastée. « Ils ont tué mon fils unique. »

Cheikh Touré, originaire de Dakar, avait quitté le Sénégal quelques semaines auparavant, espérant effectuer des essais dans un club marocain et rencontrer des agents et des entraîneurs. Au lieu de cela, il a été transporté à plus de 800 kilomètres de là, au Ghana, où ses ravisseurs lui ont ordonné de solliciter de l’argent de sa famille.

L’histoire de Cheikh Touré n’est malheureusement pas isolée. Une enquête menée en 2023 par Fifpro, le syndicat international des joueurs de football, auprès de plus de 250 footballeurs africains révèle que 70 % d’entre eux ont été contactés par des agents non sollicités leur promettant un avenir dans un nouveau club. Dans plus de la moitié des cas, ces promesses se sont avérées fallacieuses : 56 % n’ont jamais bénéficié des essais promis et 44 % n’ont pas signé le contrat espéré.

La famille de Cheikh vivait avec modestie. Sa mère vendait des légumes sur un marché, et son père travaillait pour la municipalité, effectuant de longs trajets quotidiens en bus. Le rêve de Cheikh était de soulager le fardeau financier de sa famille. « Cheikh avait à cœur de me rendre heureuse et fière », explique Sokhna. « C’est pourquoi je lui ai fait confiance quand il m’a dit qu’il allait au Maroc pour s’entraîner… il a insisté pour que je le laisse partir. »

Selon Abdelkader Abderrahmane, chercheur spécialisé dans la sécurité transnationale et le crime organisé en Afrique du Nord, le Maroc est une destination prisée par ces réseaux criminels. Il décrit un système organisé impliquant des agents sans scrupules, des recruteurs, des académies de football douteuses et des fonctionnaires corrompus, facilitant l’obtention de visas. « On peut gagner entre 20 000 € (17 600 £) et 30 000 € par mois en Afrique du Nord, ce qui représente un salaire attractif », explique-t-il. « C’est une voie vers l’amélioration financière et, potentiellement, vers l’Europe, car les championnats marocain et algérien sont suivis en Europe. »

Les familles, désespérées de voir leurs enfants échapper à la pauvreté, sont souvent prêtes à tout, ignorant les dangers potentiels. Dans le cas de Cheikh Touré, les ravisseurs ont initialement exigé 850 000 de francs CFA (environ 1 200 €) pour sa libération. Sa mère a réussi à rassembler 650 000 francs CFA (environ 1 000 €) avant que toute communication ne soit coupée.

Le corps de Cheikh Touré a été découvert dans un hôpital de Kumasi, au Ghana, mi-octobre. Les premiers éléments de l’enquête indiquent des blessures au cou et à l’abdomen, contredisant l’affirmation initiale d’un accident de voiture. Les autorités sénégalaises et ghanéennes mènent une enquête conjointe, suspectant l’implication d’un réseau de recruteurs frauduleux.

La Fédération sénégalaise de football a lancé un appel à la vigilance, exhortant les familles à examiner attentivement toutes les offres et à se méfier des promesses trop belles pour être vraies. Marshall Munetsi, footballeur zimbabwéen évoluant à Wolverhampton Wanderers, dénonce une « crise » des escroqueries visant les jeunes joueurs africains. Il raconte avoir rencontré des jeunes joueurs bloqués à l’aéroport en France, victimes de fausses promesses d’essais.

Mahfoud Amara, professeur de gestion du sport à l’Université du Qatar, souligne que ces escroqueries exploitent l’attrait du football et le rêve de succès que véhiculent la Fifa et l’UEFA. Pour Cheikh Touré, c’était avant tout sa passion pour le football et son désir de rendre sa mère fière qui l’ont poussé à croire en cette fausse opportunité. Ses vidéos TikTok témoignent de son amour du jeu et de son attachement à sa famille.

« Il voulait que je sois en bonne santé et riche, qu’il puisse m’emmener à La Mecque », confie Sokhna, le cœur brisé. « C’était un bon fils, il était gentil avec tout le monde. Il faisait peut-être trop confiance, c’est peut-être cette naïveté qui lui a coûté la vie. »

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.