Publié le 7 octobre 2025 11:47:00. Une enquête de la Garde civile espagnole révèle l’intérêt marqué du ministre de la Politique territoriale et de la Mémoire démocratique, Ángel Víctor Torres, pour un projet de raffinerie pétrolière aux îles Canaries impliquant la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodríguez, au cœur d’un vaste réseau de corruption.
- Des conversations interceptées par l’Unité d’exploitation centrale (UCO) de la Garde civile démontrent l’implication d’Ángel Víctor Torres dans les préparatifs d’une rencontre avec Delcy Rodríguez.
- Ce projet, estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, visait à établir une raffinerie de pétrole vénézuélien à Tenerife, transformant les îles Canaries en une plateforme stratégique pour le régime de Nicolás Maduro.
- L’enquête met en lumière des liens entre des responsables du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et des entreprises impliquées dans des contrats publics frauduleux.
L’Unité d’exploitation centrale (UCO) de la Garde civile a mis au jour des échanges entre des membres d’un réseau criminel qui prouvent qu’Ángel Víctor Torres a manifesté un « intérêt excessif » pour tous les détails concernant une rencontre prévue avec la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodríguez. Cette réunion, qui n’a finalement pas eu lieu, devait se tenir dans une villa du quartier exclusif de Conde Orgaz à Madrid le 21 janvier 2020, quelques heures après l’incident à l’aéroport de Barajas où Delcy Rodríguez a été interceptée en Espagne malgré les sanctions européennes qui lui interdisaient d’entrer sur le territoire.
Selon les investigations policières, cette rencontre ne relevait pas d’une simple discussion informelle, mais d’une opération visant à lancer un projet ambitieux : la création d’une raffinerie de pétrole dans les îles Canaries. Des conversations analysées depuis des mois par les enquêteurs, notamment entre Koldo García, conseiller de confiance de l’ancien ministre José Luis Ábalos, et d’autres membres du réseau, soulignent à plusieurs reprises l’intérêt personnel de Torres pour les préparatifs de cette réunion.
Le projet était perçu au sein du groupe comme « une entreprise de dimensions colossales », avec des avantages potentiels de plusieurs centaines de millions d’euros. Un document du projet, auquel ce journal a eu accès, précise que la raffinerie devait être installée à Tenerife et aurait la capacité de traiter le pétrole vénézuélien pour le redistribuer vers l’Afrique et l’Europe, faisant ainsi des îles Canaries un point d’ancrage stratégique pour le régime de Nicolás Maduro. L’Espagne a brusquement mis fin à cette initiative après la polémique suscitée par la présence de Delcy Rodríguez à Barajas.
Torres a toujours nié tout lien avec les personnes impliquées. Cependant, les conversations interceptées suggèrent qu’il a donné des « instructions précises » pour obtenir « toutes les données possibles » sur ce qui, pour le réseau, allait être « une affaire d’une ampleur biblique ». Ce niveau d’intérêt, soulignent les enquêteurs, contredit la distance que Torres affirme avoir maintenue avec l’affaire. José Luis Ábalos était pleinement informé de cette réunion, à laquelle devait également participer Vicente Fernández Guerrero, ancien président du Sepi et homme de confiance de María Jesús Montero, actuelle vice-présidente du gouvernement et ministre des Finances.
L’épicentre de l’intrigue
Fernández Guerrero, actuellement mis en examen dans l’affaire Aznalcóllar, affiche un long parcours de controverses dans la gestion publique. L’affaire Aznalcóllar fait référence à un complot de corruption lié à l’attribution irrégulière d’une exploitation minière en Andalousie, qui a également provoqué l’une des plus graves catastrophes environnementales enregistrées en Espagne. Après avoir quitté ses fonctions, Fernández Guerrero a rejoint l’entreprise de construction Serninabar, dont 45 % du capital appartient à Santos Cerdán, ancien secrétaire à l’organisation du PSOE et actuellement en détention préventive pour son rôle dans l’affaire Koldo.
La présence de Fernández Guerrero dans le projet de raffinerie a renforcé, aux yeux des enquêteurs, le lien direct entre le noyau du PSOE et le réseau commercial qui cherchait à profiter des contrats publics. Un négociant spécialisé dans les opérations internationales pétrolières a également été convoqué, chargé de présenter les chiffres d’affaires, de détailler la rentabilité estimée et de définir la répartition des bénéfices. Selon les documents interceptés, cet intermédiaire devait canaliser les paiements et les commissions par le biais de sociétés écrans situées à l’étranger, une structure similaire à celle utilisée dans d’autres opérations étudiées par l’UCO.
Le rapport de police détaillant les contacts maintenus par Torres avec les membres du complot est désormais terminé et sera remis au juge d’instruction dans les prochaines heures. Des sources proches de l’enquête assurent que le document comprendra une section spécifique sur les efforts déployés depuis la présidence du gouvernement des îles Canaries, à l’époque sous la direction de Torres, pour favoriser les solutions de gestion de l’entreprise EpiCenter, au cœur du réseau de corruption.
L’exécutif canarien a attribué des contrats de solutions de gestion d’une valeur de 12 millions d’euros au cours de la première phase de la pandémie, sans appel d’offres et dans des délais inhabituellement courts. Selon les agents de l’UCO, ces contrats visaient des administrations contrôlées par le PSOE afin de servir de source de revenus stables, attribuant des contrats millionnaires à des entreprises qui, selon les enquêteurs, étaient le véritable objectif des commissions illégales.
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