Publié le 16 novembre 2023 14:11:00. Après 33 ans d’absence, la Suisse a rouvert son ambassade à Bagdad, mais de manière atypique : l’ambassadeur Daniel Hunn y exerce ses fonctions depuis une chambre d’hôtel, une situation qui pose autant de défis logistiques que d’opportunités diplomatiques.
- La Suisse a rétabli sa présence diplomatique en Irak en raison d’une amélioration de la stabilité du pays depuis 2018.
- L’ambassade est actuellement installée dans un hôtel de Bagdad, une solution pragmatique face à un contexte sécuritaire encore fragile.
- L’ambassadeur Daniel Hunn souligne l’importance de maintenir le contact avec les autorités irakiennes et de soutenir les entreprises suisses malgré ces contraintes.
La réouverture de l’ambassade suisse en Irak marque un tournant après plus de trois décennies d’interruption, justifiée par un environnement sécuritaire jugé trop risqué. Selon l’ambassadeur Daniel Hunn, la situation s’est stabilisée depuis 2018, permettant à la Suisse de reprendre une représentation diplomatique sur place. Cette décision intervient après plus de 20 ans de conflit, notamment suite à l’invasion américaine et à la guerre menée par l’organisation terroriste Daech (EI).
L’installation de l’ambassade dans un hôtel, le Babylon, est une solution temporaire mais efficace. Daniel Hunn et son équipe ont loué un couloir aménagé en bureaux et espaces de vie au onzième étage de l’établissement. « Mon trajet pour me rendre au travail est très court, je me contente de marcher dans le couloir », explique-t-il. L’ambassadeur profite également des infrastructures de l’hôtel, comme la piscine et la salle de sport, faute de pouvoir se déplacer librement à l’extérieur.
Cette approche originale a valu à l’ambassade le surnom d’« ambassade de start-up ». Daniel Hunn explique que tout a dû être mis en place à partir de zéro, de l’ouverture d’un compte bancaire à la connexion téléphonique, en passant par l’installation du matériel informatique. « En tant qu’ambassadeur, j’ai même branché moi-même des ordinateurs. Cela demande un esprit pionnier », témoigne-t-il.
Malgré les contraintes logistiques et sécuritaires, l’ambassade suisse entend jouer un rôle actif en Irak. « Je ne suis pas simplement assis à l’hôtel », insiste Daniel Hunn. « J’entretiens des contacts avec les ministères, je représente les intérêts suisses et je soutiens les entreprises. » Un des objectifs prioritaires est de faciliter l’obtention de visas pour les Irakiens, qui doivent actuellement se rendre en Jordanie pour effectuer les démarches. À partir de l’année prochaine, les demandes pourront être déposées directement à Bagdad.
L’ambassadeur s’est également exprimé sur les élections législatives irakiennes qui se sont tenues la veille. La population irakienne attend avant tout la poursuite de la stabilité du pays, qui connaît une période de calme relative depuis plusieurs années. Elle espère également une amélioration de la situation économique et la création d’emplois pour assurer un avenir meilleur à la population.
« Comme nous ne pouvons pas nous déplacer librement à l’extérieur de l’hôtel, nous nous contentons de la piscine ou de la salle de sport. Et oui, le matin, je vais au buffet du petit-déjeuner. »
Daniel Hunn, Ambassadeur de Suisse en Irak
Entretien réalisé par David Karasek.
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