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Islamabad et Kaboul sur la voie d’une collision

by Nicolas Lefèvre

Publié le 30 novembre 2023 20h48. Les relations entre le Pakistan et le régime taliban s’enveniment, menaçant la stabilité régionale et les échanges commerciaux, alors qu’Islamabad accuse Kaboul de soutenir des groupes terroristes opérant sur son territoire.

  • Plus de 3 900 Pakistanais ont été tués dans des attentats terroristes depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021.
  • Le Pakistan a fermé sa frontière avec l’Afghanistan pour plus de six semaines, liant sa réouverture à des mesures concrètes contre les groupes terroristes.
  • L’Afghanistan se tourne vers l’Inde, traditionnellement rivale du Pakistan, pour diversifier ses options commerciales et politiques.

Les tensions entre Islamabad et Kaboul atteignent un point critique, malgré des efforts diplomatiques discrets. Au cœur du conflit se trouve la présence du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), un groupe interdit, et d’autres organisations terroristes opérant depuis le territoire afghan. Le Pakistan accuse régulièrement le régime taliban de ne pas prendre de mesures efficaces pour démanteler ces groupes, malgré des demandes répétées et diverses pressions.

Depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021, le Pakistan a connu une augmentation spectaculaire des attaques terroristes. Les chiffres officiels font état de plus de 3 900 victimes, parmi lesquelles des militaires, des policiers et des civils. Cette escalade de la violence a conduit Islamabad à adopter une position de plus en plus ferme.

Le TTP semble avoir été encouragé par le succès des talibans afghans et tente d’imiter leur modèle au Pakistan. Cependant, malgré ces preuves, le régime taliban se refuse à agir. L’impatience du Pakistan est devenue publique, comme l’a laissé entendre un porte-parole du ministère des Affaires étrangères :

« Nous avons perdu patience. »

Porte-parole du ministère des Affaires étrangères pakistanais

La fermeture prolongée de la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan, qui dure désormais plus de six semaines, est une conséquence directe de cette crise. L’Afghanistan, pays enclavé, dépend fortement du Pakistan pour son commerce extérieur. Islamabad a clairement établi une condition : la réouverture de la frontière et la normalisation des relations sont conditionnées à des actions décisives contre les groupes terroristes. Le Pakistan estime que la sécurité et le commerce sont indissociables.

Pour la première fois, le régime taliban semble prendre au sérieux les menaces pakistanaises. Le mollah Abdul Ghana Baradar, vice-Premier ministre taliban, a récemment exhorté les hommes d’affaires et les commerçants afghans à rechercher des alternatives commerciales. Parallèlement, Kaboul s’est rapproché de l’Inde, un pays traditionnellement considéré comme un allié du Pakistan.

Deux hauts responsables talibans se sont rendus à New Delhi ces dernières semaines, marquant un changement significatif dans la politique étrangère de Kaboul. L’Inde, qui a toujours considéré les talibans comme un groupe terroriste et un instrument du Pakistan, avait jusqu’alors évité tout contact avec eux. Cependant, la détérioration des relations entre Islamabad et Kaboul a incité les deux pays à reconsidérer leur position.

L’Inde et l’Afghanistan avaient auparavant cherché à diversifier leurs voies commerciales en passant par le Pakistan, qui offrait l’accès le plus direct aux marchés d’Asie centrale. Mais la rivalité historique entre Islamabad et New Delhi a rendu ces perspectives illusoires. C’est pourquoi l’Afghanistan, sous l’administration précédente soutenue par les États-Unis, et l’Inde ont exploré d’autres options, notamment un accord trilatéral avec l’Iran. Lors de la récente visite du ministre taliban du Commerce, l’accent a été mis sur le développement du port de Chabahar chabaharport.com afin de faciliter le commerce entre l’Inde et l’Afghanistan.

Cependant, les commerçants afghans reconnaissent qu’il n’existe pas de solution rapide au problème de la dépendance au Pakistan. Le régime taliban se trouve face à un dilemme : choisir entre le Pakistan et le TTP, et a opté pour le soutien aux groupes anti-pakistanais, au prix de la perte de bénéfices importants. Le Pakistan ne souhaitait pas exacerber les tensions avec l’Afghanistan ni favoriser un rapprochement entre Kaboul et New Delhi, mais n’a vu aucune autre option après le refus des talibans de répondre aux demandes d’Islamabad.

Alors que le porte-parole du ministère des Affaires étrangères pakistanais estime que le cessez-le-feu est fragile et que l’avenir de la trêve est incertain, la voie diplomatique se rétrécit. L’attaque de drone survenue la semaine dernière depuis le sol afghan, qui a tué trois travailleurs chinois au Tadjikistan, et l’implication d’un ressortissant afghan dans une fusillade à Washington ne feront qu’aggraver la situation pour le régime taliban.

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