Home Divertissement« J’admire le magnifique joueur de poker qu’était de Gaulle ! »

« J’admire le magnifique joueur de poker qu’était de Gaulle ! »

by Antoine Girard

Publié le 10 novembre 2023 18:52:00. La récente biographie de Jean-Luc Barré sur le général de Gaulle révèle un homme tiraillé entre ambition et mélancolie, confronté à une France exsangue et à des pressions politiques intenses après la Libération, un tableau qui résonne étrangement avec les défis actuels de la Ve République.

  • À la Libération, de Gaulle se montre intransigeant, même envers ses anciens compagnons de la Résistance, affirmant la primauté de la nation sur les groupes de résistance.
  • L’écrivain Jean-Luc Barré souligne le dégoût de de Gaulle pour les jeux politiques et les compromis partisans, préférant une vision de l’État au service de l’intérêt national.
  • De Gaulle, conscient de la fragilité de la France, anticipe son départ en 1946, mais son intransigeance et son sens stratégique lui permettront de revenir au pouvoir en 1958.

Dans le premier tome de sa biographie du général de Gaulle, Jean-Luc Barré dépeint un homme confronté à une situation économique désastreuse et à des tensions politiques exacerbées après la Seconde Guerre mondiale. Le général, fraîchement auréolé de son rôle dans la Libération, se retrouve sous la pression des communistes et des Alliés, qui envisagent de placer la France sous tutelle. Barré décrit un de Gaulle déterminé à reconstruire l’État comme rempart contre ces influences extérieures et comme garante de l’unité nationale.

L’auteur met en lumière la fermeté, voire la brutalité, dont fait preuve de Gaulle à cette époque, y compris envers ses anciens camarades de la Résistance. Il leur assène ainsi :

« Il y avait la Résistance ; maintenant, il y a la nation ! »

Général de Gaulle

Selon Barré, cette attitude ne relève pas d’une simple colère, mais d’un profond chagrin face à l’état du pays et d’une volonté farouche de le reconstruire. De Gaulle est animé par une seule ambition : rétablir l’autorité de l’État, convaincu que c’est la seule façon d’éviter que la France ne soit soumise à l’influence des puissances anglo-saxonnes.

Barré restitue également le mépris de de Gaulle pour le monde politique traditionnel. S’il témoigne de l’estime qu’il porte à des figures comme Mendès France et Léon Blum, il exècre la plupart des autres, en particulier Georges Bidault, leader des démocrates-chrétiens. Bidault incarne, aux yeux de de Gaulle, tout ce qu’il déteste dans la République : les manœuvres parlementaires, les alliances de partis, les « catégories », comme il les appelait. En 1945, lorsqu’il envisage un successeur potentiel, il propose le poste à Blum, qui refuse, préférant rester à la tête de son parti. De Gaulle prend alors conscience que l’intérêt partisan peut primer sur l’intérêt national, une observation qui, selon Barré, reste malheureusement d’actualité.

L’écrivain révèle également la tentation de l’abandon qui hante de Gaulle. Il aurait pu quitter le pouvoir en 1946 s’il n’avait pas cru qu’il serait rapidement rappelé. Barré souligne la part de mélancolie chez de Gaulle, qui confiait :

« Il faut avoir du chagrin au sujet de la France, elle en vaut la peine et c’est un service à lui rendre. »

Général de Gaulle

Cette sensibilité à vif contraste avec sa rudesse et son intransigeance. Il se fait une idée si précise de la France idéale qu’il ne supporte plus la médiocrité qui l’entoure.

Cette démission est également perçue comme un calcul stratégique : créer le vide pour prouver son importance. Cependant, de Gaulle sous-estime la force du système politique, qui parvient à lui résister pendant douze ans, durant sa « traversée du désert ». Cette période lui permet de tisser un lien particulier avec les Français, en parcourant la France métropolitaine et les territoires d’outre-mer. Le Rassemblement du peuple français (RPF), malgré son échec électoral, constitue l’ossature politique qui lui permettra de revenir au pouvoir en 1958, préparé et prêt à répondre à l’appel.

Barré conclut en soulignant le génie tactique de de Gaulle, le décrivant comme un « magnifique joueur de poker » qui ne se dévoile jamais et manipule son entourage. Face à l’instabilité politique chronique de la IVe République – avec ses 22 gouvernements et ses deux guerres coloniales – de Gaulle apparaît alors comme le seul remède possible.

De Gaulle lui-même reconnaissait cependant que :

« Il n’y aura pas toujours un miracle pour sortir d’affaires la France et les Français. »

Il était conscient que la France, pour éviter la division, a besoin soit d’une révolution, soit d’un miracle, et surtout d’un homme providentiel, car l’Histoire ne peut s’incarner que dans des figures exceptionnelles.

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