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Jason Williamson de Sleaford Mods dans une interview

by Nicolas Lefèvre

Le duo électropunk Sleaford Mods, phénomène improbable venu de Nottingham, explore sur son nouvel album les thèmes de la désillusion, de la masculinité toxique et de la résilience face à un monde en crise. Jason Williamson, figure de proue du groupe, livre une vision sans concession de la société contemporaine, tout en affirmant une étonnante capacité à trouver de la beauté dans le chaos.

« Nous sommes dans un cycle constant de crises, de mauvaises nouvelles, de morts, de guerres, de maladies, de virus, peu importe. On a l’impression que la planète a déjà brûlé », confie Williamson, interrogeant le titre de leur dernier opus, « The Demise of Planet X », une référence à une planète déjà condamnée plutôt qu’à la Terre elle-même.

Loin de céder au désespoir, le groupe prône une forme de stoïcisme pragmatique. « Il doit y avoir un mécanisme en nous qui nous protège de cet environnement négatif. Bref, cela nous ramène au vieil adage anglais ‘Keep calm and carry on’, qui, à mon avis, n’a jamais été aussi vrai », explique le chanteur. Il nuance cependant : « Non, pas vraiment [calme], mais en même temps, oui. Pour moi, la musique est un moyen de faire ce que je ne pourrais pas faire dans une société ‘normale’, à savoir être créatif. »

Sleaford Mods, composé de Williamson et d’Andrew Fearn, s’est distingué par son mélange unique d’électro, de punk et de rap, porté par des textes politiquement engagés. Le groupe n’hésite pas à dénoncer les injustices et les absurdités du monde moderne, sans pour autant sombrer dans le catastrophisme. Ils se positionnent comme des observateurs lucides, conscients de l’impuissance individuelle face aux enjeux globaux.

« Le fait est que nous sommes fondamentalement humanistes. Personne ne supporte de voir les autres souffrir. C’est juste inutile. Cela n’aide personne de choisir un côté et de rejeter l’autre », affirme Williamson, soulignant l’importance de l’empathie et de la compréhension mutuelle.

L’album aborde également la question de la masculinité toxique, notamment à travers le morceau « Bad Santa ». « Pour le moment, je pense que lorsque les gens se sentent ignorés et exclus, le nationalisme est toujours séduisant. Ce sentiment d’appartenance », analyse Williamson, pointant du doigt l’attrait exercé par des figures comme Jordan Peterson, Joe Rogan ou Andrew Tate, qui proposent des récits simplistes et souvent misogynes.

La musique de Sleaford Mods est aussi le reflet d’une expérience personnelle. Williamson évoque un retour dans sa ville natale de Grantham à l’âge de 35 ans, une expérience déstabilisante qui a contribué à façonner l’univers lyrique du groupe. « J’étais sans le sou et j’avais des problèmes d’alcool et de drogues. Dans cette boîte de nuit, il y avait beaucoup de gens avec qui j’allais à l’école, tous faisant la même chose. C’était déprimant. Et très enivrant… ça m’a rendu accro. »

Le groupe ne se prend pas trop au sérieux et assume pleinement son statut d’outsider. « Si tu n’aimes pas ça, va te faire foutre », lâche Williamson avec un sourire, résumant l’attitude rebelle et sans concession qui caractérise Sleaford Mods. La collaboration avec la chanteuse néo-zélandaise Aldous Harding sur le morceau « Elitist’s GOAT » témoigne d’une volonté d’explorer de nouvelles sonorités et de s’ouvrir à d’autres influences.

Malgré le succès grandissant, Williamson reste humble et lucide. « C’est difficile pour moi de dire quoi que ce soit de positif sur mes capacités et celles du groupe en général. Je pense toujours que tout va mal tourner ou que les gens vont se désintéresser », confie-t-il, avant de conclure avec une note d’optimisme : « La vie est belle. Je sais que ce n’est pas comme ça pour tout le monde. Mais pour moi, ça l’est. »

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