Le Japon s’apprête à lancer la sonde Martian Moons eXploration pour effectuer le premier aller-retour vers le système martien de l’histoire, avec un décollage programmé depuis le centre spatial de Tanegashima afin de collecter des échantillons inédits sur la lune Phobos.
L’agence spatiale japonaise, la Jaxa, orchestre une tentative audacieuse vers les deux lunes de la planète rouge. Le lancement de la mission Martian Moons eXploration (MMX) s’appuie sur le nouveau lanceur lourd H3. La fusée doit s’arracher du sol ce mardi à 4 h 41, heure locale au Japon, soit lundi à 19 h 41 GMT, depuis le centre spatial de Tanegashima.
Cet envol marque le début d’un périple de cinq ans.
La sonde mettra dix mois pour atteindre la région martienne, où elle entamera une campagne d’observation de trois ans autour de Phobos avant d’amorcer son retour vers la Terre prévu pour 2031. Le responsable de l’équipe de la fusée H3 de la Jaxa, Makoto Arita, a déclaré à des journalistes deux jours avant le lancement que pouvoir participer à une mission d’une telle envergure est extrêmement enthousiasmant.

Le prélèvement d’échantillons sur Phobos
L’objectif principal réside dans l’analyse de matière intacte prélevée sur Phobos, l’un des satellites naturels de Mars. MMX sera le premier vaisseau spatial à revenir sur Terre depuis le système martien, a souligné Tom Statler, responsable scientifique du programme pour la NASA, cité par Mashable. Le chef de projet MMX, Yasuhiro Kawakatsu, a également rappelé que le prélèvement d’échantillons sur Phobos constitue une première mondiale et marque le premier aller-retour vers le système martien.
Les chercheurs tentent de départager deux hypothèses majeures concernant l’origine de ces corps célestes. D’un côté, la théorie de l’impact géant suggère qu’un corps massif a percuté Mars, éjectant des débris qui se sont agglomérés pour former les lunes. De l’autre, l’hypothèse de la capture y voit d’anciens astéroïdes piégés par la gravité martienne.
La Jaxa a également précisé que l’entreprise d’utiliser Phobos comme une station spatiale naturelle sera évaluée. Cette évaluation se fera à travers l’établissement des conditions requises pour un trajet aller-retour vers Mars, un point jugé incontournable pour l’exploration humaine de cette planète.
En dévoilant l’origine des lunes, nous obtiendrons de nouvelles perspectives sur l’histoire de Mars et de la Terre, en particulier sur ces événements qui ont façonné les deux planètes il y a des milliards d’années.
La collaboration internationale avec les contributions françaises et américaines
La sonde embarque des instruments sophistiqués fournis par plusieurs partenaires mondiaux. La mission MMX est une collaboration étroite associant le Centre national d’études spatiales, le Centre aérospatial allemand, la NASA, l’Agence spatiale européenne ainsi qu’environ 20 universités et entreprises technologiques. La France participe activement au projet à travers le Centre national d’études spatiales (CNES).
Le rover Idefix, nommé en hommage au chien de la bande dessinée Astérix, est chargé d’explorer la surface pour sécuriser l’atterrissage.

Patrick Michel est un astrophysicien français impliqué dans la conception d’Idefix.
Patrick Michel a mis en avant le fait que la sonde permettra de mieux comprendre les processus de transport par lesquels l’eau, les volatils et les molécules organiques ont migré des confins du Système solaire vers les planètes telluriques intérieures.
Du côté américain, la NASA a fourni l’instrument Megane — signifiant « lunettes » en japonais —, un spectromètre gamma et neutron construit par le Johns Hopkins Applied Physics Laboratory, dont le responsable principal est David Lawrence. La sonde emporte également d’autres dispositifs scientifiques, tels que le spectromètre infrarouge MIRS et le module d’exploration abritant la plupart des instruments scientifiques. En outre, la Jaxa s’appuie sur son expérience passée, notamment celle de la sonde Hayabusa-2, qui avait rapporté sur Terre 5,4 grammes de roche et de poussière prélevés sur un astéroïde en 2020.

Le calendrier du retour vers la Terre prévu en 2031
Après son arrivée dans l’orbite martienne en août 2027, la sonde se séparera de son module de propulsion pour adopter une orbite quasi-satellite autour de Phobos. Le véhicule descendra ensuite pour une opération de collecte d’échantillons qui pourrait débuter dès décembre 2028, la phase de prélèvement sur place ne durant qu’environ deux heures et demie.
La mission observera ensuite Deimos lors d’une série de survols sans s’y poser, avant de quitter la région martienne pour entamer son voyage de retour vers la Terre en novembre 2030.
Lorsque le module de retour atteindra la Terre, il larguera une capsule transportant au moins 10 grammes de sol de Phobos, soit environ un tiers d’once. Cette capsule atterrira en Australie, après quoi les échantillons seront acheminés vers le Japon pour y être catalogués et partagés avec les partenaires de la mission.