Publié le 29 septembre 2025 à 23h35. Face à une montée en flèche des troubles psychologiques, notamment chez les jeunes et les actifs, des experts plaident pour un changement profond de notre société, axé sur la déconnexion et la valorisation du temps « vide ».
- Près d’un quart des Néerlandais (26 %) souffre de troubles mentaux cette année.
- La société est décrite comme « hypernerveuse » en raison de la pression à la performance, de l’accélération du rythme de vie et d’un individualisme exacerbé.
- Des moments de pause et de déconnexion, même courts, sont essentiels pour stimuler la créativité et le bien-être mental.
Les Pays-Bas sont confrontés à une crise silencieuse en matière de santé mentale. Selon les données de l’Institut Trimbos, environ 26 % de la population néerlandaise souffre actuellement d’un trouble psychologique. Un chiffre alarmant qui s’ajoute à la réalité que près de la moitié des habitants auront été confrontés à des problèmes de santé mentale au cours de leur vie. Le Conseil néerlandais pour la recherche sociale et économique (RVS) tire la sonnette d’alarme et appelle à une « transformation socio-culturelle fondamentale ».
« Il est temps de ralentir, de collaborer pour une société plus détendue », insiste le RVS. Les conséquences de cette crise sont déjà visibles : les listes d’attente pour les soins de santé mentale sont saturées, et de nombreuses personnes souffrent en silence. Les jeunes sont particulièrement touchés par la pression à la performance, tandis que les travailleurs sont de plus en plus victimes de burn-out.
Selon les estimations du RVS, les problèmes de santé mentale coûtent déjà environ 18 milliards d’euros par an à la société néerlandaise. L’organisation décrit la situation comme celle d’une « société hypernerveuse », résultant d’une combinaison de pression à la performance, d’accélération du rythme de vie et d’un individualisme poussé à l’extrême.
Pour inverser cette tendance, le RVS préconise de renforcer les liens sociaux, de valoriser la diversité et d’intégrer des moments de « temps vide » dans notre quotidien. Il s’agit de créer des espaces, au travail, à l’école et pendant les loisirs, où rien n’est requis, afin de favoriser la créativité, la réflexion et les relations authentiques.
Le professeur Erik Scherder, neuropsychologue, se montre favorable à cette approche.
« Prenez deux pauses supplémentaires de 15 minutes, en dehors de votre pause déjeuner. C’est ce dont votre cerveau a besoin pour se ressourcer et activer le ‘default network’, qui stimule la créativité, la résolution de problèmes et la génération de nouvelles idées. »
Erik Scherder, professeur de neuropsychologie
Il souligne qu’il ne s’agit pas de « voler du temps » à son employeur, mais plutôt d’investir dans la vitalité des employés.
Wouter de Jong, auteur d’ouvrages sur la santé mentale comme « Mindgym : salle de sport pour l’esprit », pointe également du doigt le rôle néfaste du téléphone portable, qu’il considère comme un « sucette pour adultes ».
« Nous nous anesthésions avec. Nous y sommes complètement absorbés, ce qui a un impact réel sur notre cerveau et sur les liens que nous tissons avec les autres. Cela nous empêche de nous concentrer suffisamment sur les choses qui sont vraiment importantes pour nous. »
Wouter de Jong, auteur
Il encourage à se déconnecter et à s’autoriser à ne pas répondre immédiatement à chaque sollicitation.
De Jong insiste sur la nécessité de s’entraîner à accepter l’ennui et à écouter son corps.
« Le monde ne s’effondre pas si vous ne répondez pas immédiatement. Il faut juste apprendre à le vivre. »
Wouter de Jong, auteur
Il rappelle que même le simple fait de s’asseoir en silence et d’écouter ses sensations peut être un défi pour beaucoup, comme le démontre une étude montrant que certaines personnes préfèrent s’infliger une décharge électrique plutôt que de rester seules avec leurs pensées.
Selon les experts, il est crucial de trouver un équilibre entre activité et repos, entre stimulation et déconnexion, afin de préserver la santé mentale et le bien-être de chacun. Le cerveau, tout comme les muscles, a besoin de pauses pour éviter les « blessures ».