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«Je ressens une infinie fierté en tant que Japonais»… Deux prix Nobel créent une ambiance festive

Publié le 10 octobre 2025 11h42. Le Japon célèbre l'attribution du prix Nobel de chimie à Susumu Kitagawa, une distinction qui souligne l'excellence de la recherche scientifique fondamentale dans le pays, mais qui intervient également dans un contexte…

«Je ressens une infinie fierté en tant que Japonais»… Deux prix Nobel créent une ambiance festive

Publié le 10 octobre 2025 11h42. Le Japon célèbre l’attribution du prix Nobel de chimie à Susumu Kitagawa, une distinction qui souligne l’excellence de la recherche scientifique fondamentale dans le pays, mais qui intervient également dans un contexte de préoccupations concernant le financement et le soutien à la jeune génération de chercheurs.

  • Le Japon compte désormais 22 lauréats du prix Nobel scientifique depuis l’an 2000, un nombre surpassé uniquement par les États-Unis.
  • Le professeur Kitagawa souligne la solidité de l’environnement de recherche fondamentale au Japon, malgré des indicateurs récents suggérant un déclin de la productivité scientifique.
  • Des voix s’élèvent pour réclamer un soutien accru à la recherche fondamentale et une meilleure allocation des ressources financières.

L’annonce de l’attribution du prix Nobel de chimie à Susumu Kitagawa, professeur à l’Université de Kyoto, a suscité une vague d’enthousiasme au Japon. Le pays, qui a déjà vu six de ses ressortissants honorés en physiologie ou médecine et huit en chimie, célèbre cette nouvelle consécration de la science japonaise. C’est la première fois depuis 2015 que le Japon compte deux lauréats en une seule année.

Dans une interview accordée au Nihon Keizai Shimbun (Nikkei), le professeur Kitagawa a déclaré :

« Il y a encore de nombreux lauréats japonais du prix Nobel. L’environnement de la recherche scientifique fondamentale est également solide. »

Susumu Kitagawa, professeur à l’Université de Kyoto

Ses propos ont contribué à apaiser les inquiétudes liées à une possible baisse de la compétitivité scientifique du Japon, notamment en raison d’une diminution récente du nombre de citations d’articles publiés par des chercheurs japonais.

L’enthousiasme populaire est palpable. Un homme d’une cinquantaine d’années, rencontré sur la place de la gare de Shimbashi à Tokyo, exprimait sa fierté en lisant un article du Yomiuri Shimbun consacré au nouveau lauréat :

« Je ressens une infinie fierté en tant que Japonais. »

Les réseaux sociaux reflètent également cet état d’esprit. Les commentaires sur l’article de Yahoo Japon annonçant le prix Nobel sont majoritairement positifs, certains y voyant un signe d’espoir dans un contexte économique difficile marqué par une forte inflation. D’autres expriment leur admiration pour la persévérance des scientifiques et l’impact potentiel de cette reconnaissance sur les jeunes générations.

Le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba a salué la découverte de la vérité par des idées originales, soulignant que cette reconnaissance internationale renforcerait la confiance du peuple japonais dans les capacités de recherche de son pays.

Les médias japonais accordent une importance particulière à cette nouvelle. Le Yomiuri Shimbun souligne que les recherches primées de deux chercheurs japonais étaient initialement considérées comme trop originales et ont été critiquées. Le journal rappelle toutefois que les avancées scientifiques nécessitent souvent du temps pour porter leurs fruits et que des applications concrètes peuvent émerger bien plus tard.

Des analyses suggèrent que les succès actuels de la recherche scientifique japonaise sont en partie le fruit des investissements massifs réalisés dans les années 1970 et 1990, lorsque le Japon était la deuxième puissance économique mondiale.

Selon une analyse du Nikkei, le Japon a compté 22 lauréats du prix Nobel scientifique depuis l’an 2000, se positionnant ainsi en deuxième place derrière les États-Unis au XXIe siècle. Cette réussite est en partie attribuable à la « Loi fondamentale sur la science et la technologie » de 1995, qui a fait de la promotion de la science et de la technologie une priorité nationale. Cette loi a permis d’investir plus de 17 000 milliards de yens (environ 158 000 milliards de wons) dans des fonds nationaux jusqu’en 2000, puis plus de 20 000 milliards de yens (environ 186 000 milliards de wons) au cours des dix années suivantes.

Cependant, l’environnement de la recherche au Japon n’est pas sans défis. Le nombre de jeunes chercheurs diminue et la production d’articles scientifiques influents stagne. Selon l’Institut de recherche en sciences, technologies et politiques académiques du ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, le Japon occupe le 13e rang dans le classement des 10 % des articles scientifiques les plus cités publiés entre 2021 et 2023, un niveau historiquement bas. La Chine occupe la première place, suivie des États-Unis et de la Corée du Sud (9e place).

Le Tokyo Shimbun met en évidence le manque de ressources financières allouées aux universités nationales et la politique gouvernementale de « sélection et de concentration », qui privilégie certains domaines de recherche au détriment d’autres.

Conscient de ces enjeux, le professeur émérite Shimon Sakaguchi de l’Université d’Osaka a plaidé pour un soutien accru à la recherche fondamentale lors d’une conférence de presse tenue le 6 octobre :

« Il y a un manque de soutien à la science fondamentale. Par rapport à l’Allemagne, qui a un produit intérieur brut (PIB) similaire, le financement de la recherche japonaise dans le domaine de l’immunité ne représente qu’un tiers. »

Le professeur Kitagawa a également souligné l’importance de garantir aux chercheurs suffisamment de temps pour mener leurs travaux et de créer un système de soutien rapide et efficace pour la recherche fondamentale :

« Il est important de garantir d’une manière ou d’une autre du temps de recherche pour encourager de nouveaux chercheurs. En plus d’assurer un budget suffisant pour la recherche fondamentale, nous devons créer un système pour soutenir la recherche le plus rapidement possible. »

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.