Jean-François Leroy, cofondateur et directeur historique du festival Visa pour l’image, est décédé à Paris le 31 août 2026 à l’âge de 69 ans des suites d’un cancer.
La nouvelle de sa disparition est tombée au moment même où s’ouvrait la 38e édition du Festival international de photojournalisme à Perpignan. Jean-François Leroy, qui luttait contre un cancer depuis plus d’un an, s’est éteint le 31 août 2026, emportant avec lui l’âme de la manifestation qu’il avait contribué à fonder en 1989 aux côtés de Roger Thérond, alors directeur de Paris Match.
De la passion de la photo aux débuts de Visa pour l’image
Né à Paris le 3 octobre 1956, Jean-François Leroy découvre très tôt le milieu de la photographie dans le laboratoire de La Vie catholique, où travaillait une de ses tantes. Après un passage par la prestidigitation et de brèves études de médecine, il s’oriente vers le journalisme. Il collabore à plusieurs publications spécialisées, notamment Photo-Reporter, Le Photographe et Photo-Revue, avant de devenir reporter pour l’agence Sipa Press et rédacteur en chef de Photo Magazine entre 1984 et 1987.
Estimant rapidement que son propre travail de terrain pêchait par manque de talent, il choisit de se consacrer entièrement à la mise en valeur des images produites par les autres. En 1988, il devient l’agent de Dominique Issermann, puis participe l’année suivante avec Yann Arthus-Bertrand à l’opération « 3 Jours en France » organisée pour le 150e anniversaire de la photographie. C’est également en 1989 qu’il répond à un appel d’offres lancé à Perpignan pour créer un événement de fin de saison. Avec l’appui de Roger Thérond et de Michel Decron, directeur de Photo, il fonde Visa pour l’image.
Un succès planétaire forgé dans l’exigence et le franc-parler
Ce qui ressemblait à un pari improbable est devenu au fil des décennies un rendez-vous mondial incontournable. De la première édition, qui réunissait 123 professionnels accrédités, sept agences et deux pays, le festival est passé à un événement d’envergure internationale attirant chaque année environ 220 000 visiteurs et des milliers de professionnels à Perpignan. Fidèle à ses convictions, le directeur a maintenu la gratuité des expositions et l’accès aux grandes projections en soirée, s’efforçant de trouver des sponsors pour financer un modèle fondé sur l’accessibilité au plus grand nombre.

Pour le photographe Samuel Bollendorff, Jean-François Leroy incarnait « une des grandes, et peut-être des dernières incarnations du photojournalisme du XXe siècle ». Connu pour son franc-parler légendaire, ses coups de gueule mémorables et son opposition farouche aux compromissions de l’information, il n’hésitait pas à bousculer son public ou à réprimander vertement ceux qui désertaient les projections nocturnes.
« Pour moi, les photographes, ce sont des journalistes, qui témoignent de l’état du monde dans lequel on vit. Et pour moi, c’est un regard de témoin, c’est un regard responsable. Et je préfèrerais toujours une photo mal cadrée, mal posée, peut-être un peu floue, à une photo très belle, mais qui ne veut rien dire. Moi, pour moi, le fond prime toujours sur la forme »
Jean-François Leroy, via Radiofrance
Le combat pour le réel face aux mutations de l’image
Au cours des dernières années, le directeur de festival avait recentré ses prises de position sur les dangers de la désinformation et la prolifération des images générées par intelligence artificielle. La 38e édition de Visa pour l’image, placée sous la thématique « Le réel contre-attaque », résonne comme un prolongement direct de ses derniers combats pour l’intégrité visuelle. Quelques jours avant l’ouverture du festival, il avait également bouclé un livre d’entretiens avec Isabelle Fougère intitulé « Le devoir de regarder. Histoires et réflexions sur le photojournalisme », destiné à transmettre aux jeunes générations cette exigence fondamentale de sens et de vérité.
Très affaibli par la maladie, Jean-François Leroy n’avait pas pu assister à l’inauguration officielle le 29 août, marquant une première historique dans l’histoire de la manifestation.