Publié le 24 septembre 2024 14:35:00. Andrea Giovino, ancienne proche de figures emblématiques de la mafia new-yorkaise, livre un témoignage saisissant sur une vie passée au cœur du crime organisé, marquée par la violence et le danger, mais aussi par une volonté de survivre et de rompre avec ce passé.
- Andrea Giovino a côtoyé les figures les plus influentes de la mafia new-yorkaise, dont John Gotti.
- Elle a été témoin de scènes de violence extrême, allant jusqu’à la découverte de cadavres dans le coffre de la voiture de son mari.
- Après une vie tumultueuse, elle a réussi à se reconstruire et partage aujourd’hui son histoire pour avertir et inspirer.
Andrea Giovino a grandi dans un environnement où la présence de la mafia était omniprésente. Née à Brooklyn, elle a été bercée par les jeux de cartes et les discussions animées de figures comme Crazy Joe Gallo – un capo de la famille Colombo de New York – dans le sous-sol de sa mère. Très jeune, elle a été initiée au « code de la rue », un ensemble de règles non écrites qui régissaient la vie des gangsters.
Son parcours l’a amenée à fréquenter, puis à épouser Frank Lino, un capo de la mafia de 24 ans son aîné, à l’âge de 21 ans. Après une séparation en 1980, elle a vécu une liaison avec Mark Reiter, un autre gangster, et s’est retrouvée assise aux côtés de John Gotti, l’un des chefs du crime les plus redoutés de New York, au Club A à Manhattan. Gotti lui reconnaissait d’ailleurs une force de caractère exceptionnelle, affirmant qu’elle avait « plus de courage » que certains de ses propres lieutenants.
La vie d’Andrea Giovino était faite de contrastes saisissants : dîners somptueux, costumes coûteux (jusqu’à 2 000 $), champagne Dom Pérignon et bijoux étincelants. Mais derrière le luxe apparent se cachait une réalité brutale. Son frère, surnommé « Johnny Bubble Gum », est devenu tueur à gages à l’âge de 17 ans, et son mari, John Fogarty, un policier irlandais qu’elle a épousé en 2010, rentrait parfois chez lui avec des traces de sang sur ses chaussures. Un détail qui, pour Andrea, illustre à quel point elle était insensible à la violence, conditionnée par l’environnement criminel qui l’entourait.
Un soir, alors qu’elle préparait le dîner et que ses enfants jouaient, la voiture de son mari s’est garée devant leur maison à Staten Island. Dans le coffre se trouvaient deux cadavres. Une scène qui, pour la plupart des gens, relèverait d’un scénario de film, mais qui, pour Andrea, n’était qu’une nouvelle journée dans sa vie de « Carmela Soprano dans la vraie vie », comme elle le décrit elle-même.
« Quand vous venez d’un milieu comme le mien et que vous êtes au courant de nombreux meurtres, et que votre mari s’arrête devant la maison et qu’il y a deux corps à l’arrière du coffre… Je veux dire, les gens normaux ne gèrent pas ça. Les gens normaux ne font jamais l’expérience de cela. Il m’a fallu près de 30 ans pour m’en remettre. »
Andrea Giovino
En 1992, sa vie a basculé avec une descente de la DEA (Drug Enforcement Administration) à son domicile. Arrêtée et inculpée en vertu de la loi RICO (Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act), elle risquait la prison à vie dans une affaire impliquant une vingtaine de personnes. Son mari, John Fogarty, a été incarcéré, et Andrea a dû se battre pour protéger ses enfants.
Finalement, grâce à la coopération de son mari et de son frère avec les autorités fédérales, Andrea a pu échapper à la prison. Elle a déménagé en Pennsylvanie avec ses quatre enfants et a commencé une nouvelle vie, loin du chaos de son passé. Elle s’est engagée dans des activités communautaires, a rejoint la PTA (Parent Teacher Association) et a écrit un mémoire à succès, Divorced from the Mob, publié en 2004.
Aujourd’hui grand-mère, Andrea Giovino partage son histoire sur sa chaîne YouTube, « The Andrea Giovino Show », et témoigne des conséquences dévastatrices de la vie au sein de la mafia. Elle a récemment participé à la série documentaire de Netflix, Get Gotti, ce qui a suscité des réactions mitigées et des critiques de la part d’anciens mafieux, comme Sammy Gravano et Michael Franzese. George Martorano, ancien codétenu de Gotti, a cependant confirmé que le chef de la mafia avait bien parlé d’elle.
« L’argent, le style de vie, les bijoux… ça a l’air très, très glamour. Ce n’est vraiment pas le cas. »
Andrea Giovino
Malgré les attaques et les accusations, Andrea Giovino affirme avoir toujours été honnête et ne pas avoir peur de dire la vérité. Elle insiste sur le fait que la vie au sein de la mafia n’est pas glamour, mais plutôt marquée par la peur, la trahison et la solitude. Elle est déterminée à briser le cycle de la violence et à offrir un avenir meilleur à ses enfants et à ses petits-enfants.