L’histoire fascinante et démesurée de Jackie Siegel, milliardaire américaine obsédée par la construction d’un château à son image, a fait le saut sur les planches de Broadway. Mais cette adaptation musicale du documentaire acclamé « The Queen of Versailles » peine à convaincre, malgré les talents déployés.
La pièce débute en France, en 1661, avec Louis XIV (Pablo David Lauccerica), alors âgé de 23 ans, qui prend la décision de construire le château de Versailles. Un saut dans le temps nous propulse ensuite en 2007, en Floride, où Jackie Siegel (interprétée par Kristin Chenoweth) expose ses ambitions démesurées devant les caméras : bâtir un palais plus grand que nature, élever ses sept enfants et, bien sûr, toujours choisir la portion « XXL » – même chez McDonald’s.
Son mari, David Siegel (F. Murray Abraham), bien plus âgé, semble ravi de satisfaire les caprices de sa femme et de financer ses projets extravagants, notamment l’installation d’un restaurant Benihana dans l’immense demeure en construction. Au fil des deux actes, le public est invité dans l’univers clinquant et chaotique de la famille Siegel. On découvre les origines modestes de Jackie, qui a enchaîné les petits boulots tout en étudiant l’ingénierie, ainsi que les difficultés de son premier mariage et sa rencontre avec David.
La scénographie et les projections vidéo de Dane Laffery sont particulièrement réussies, transportant aisément le spectateur entre le faste du Versailles du XVIIe siècle et l’opulence kitsch de la Floride des années 2000. Les costumes, signés Christian Cowan, sont tout aussi remarquables. Chaque tenue reflète la personnalité de Jackie, de son sac Hermès paré des couleurs du drapeau français à ses robes somptueuses et scintillantes, incarnant l’ostentation d’une richesse nouvellement acquise.
Les interprètes sont à la hauteur de la tâche. Kristin Chenoweth, comme on pouvait s’y attendre, est éblouissante. Bien que Jackie ne soit pas un personnage particulièrement sympathique, l’actrice parvient à susciter une certaine empathie pour cette femme milliardaire à l’optimisme toxique. F. Murray Abraham, quant à lui, campe un David Siegel grincheux et satisfait uniquement lorsque ses finances sont florissantes. Nina White et Tatum Grace Hopkins, dans les rôles de Victoria, la fille de Jackie, et de Jonquil, sa nièce, offrent également des performances vocales impressionnantes.
Cependant, ces atouts ne suffisent pas à masquer les faiblesses de la pièce. Le format musical ne parvient pas à ancrer le public dans l’univers de Jackie et alourdit inutilement une histoire dont les thèmes – la cupidité, la consommation et le rêve américain – pourraient suffire à eux-mêmes. L’adaptation cinématographique, initialement envisagée, semblerait plus appropriée. La plupart des chansons, à l’exception de « Caviar Dreams », ne laissent pas une impression durable. Si le premier acte est relativement captivant, le second, d’une durée de près de trois heures, devient progressivement pesant, notamment en raison des changements de ton.
Adapter un documentaire sur les planches de Broadway relevait d’un défi ambitieux, et il est louable que les créateurs aient tenté de relever ce défi. Mais cette incursion dans l’univers des Siegel ne parvient pas à convaincre pleinement. Une réduction du nombre de chansons et une condensation de la pièce, en supprimant certaines scènes, comme le récit de l’enfance de Jackie ou les références à la Révolution française (bien que divertissantes), permettraient de créer un spectacle plus cohérent et plus captivant. En fin de compte, certaines histoires sont mieux racontées sur grand écran.
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