Home MondeLa Chine accentue délibérément les tensions avec le Japon et donne l’exemple – DiePresse.com

La Chine accentue délibérément les tensions avec le Japon et donne l’exemple – DiePresse.com

by Clara Dubois

Publié le 16 novembre 2023 17h18. La tension monte entre Pékin et Tokyo après des déclarations du nouveau Premier ministre japonais sur Taïwan, qui ont provoqué une vive réaction de la Chine et déclenché une série de mesures de rétorsion économiques et diplomatiques.

  • La Chine a émis une « alerte précoce » dissuadant ses citoyens de se rendre au Japon, invoquant des préoccupations pour leur sécurité.
  • Des diplomates chinois ont adopté un ton virulent, avec des menaces proférées sur les réseaux sociaux et des critiques acerbes envers le gouvernement japonais.
  • Pékin a transformé le différend en conflit économique, notamment en encourageant un boycott du tourisme japonais et en effectuant des patrouilles maritimes dans les zones contestées de la mer de Chine orientale.

La crise actuelle prend racine dans les récentes déclarations de Sanae Takaichi, le nouveau Premier ministre japonais. Intervenant devant le Parlement la semaine dernière, elle a affirmé que si la Chine attaquait Taïwan, cela constituerait une « situation de menace pour l’existence » du Japon, justifiant ainsi l’exercice de son droit à l’autodéfense. Cette prise de position, qui précise pour la première fois la réponse potentielle de Tokyo à une invasion de Taïwan, marque une rupture avec l’ambiguïté stratégique traditionnellement observée par le Japon.

Pour Pékin, il s’agit d’une ingérence inacceptable dans ce qu’elle considère comme une « affaire intérieure ». La Chine revendique Taïwan comme une province renégate et n’exclut pas la possibilité d’utiliser la force pour parvenir à sa réunification. Le fait que le Japon, pays dont l’histoire est marquée par des crimes de guerre commis contre la population chinoise pendant la Seconde Guerre mondiale, prenne position sur cette question est perçu comme une provocation majeure.

La réaction chinoise a été immédiate et virulente. Xue Jian, le consul général chinois à Osaka, a ainsi publié sur le réseau social X (anciennement Twitter) un message menaçant, depuis supprimé, où il déclarait :

« La sale tête qui gêne doit être coupée. »

Xue Jian, consul général chinois à Osaka

Un éditorial d’un média d’État chinois s’interrogeait rhétoriquement :

« Peut-être que sa tête a reçu un coup de pied d’un âne ? »

Au-delà des déclarations incendiaires, Pékin a mis en œuvre des mesures concrètes pour faire pression sur Tokyo. Le ministère chinois de l’Éducation a émis une « alerte précoce » pour les étudiants chinois envisageant de se rendre au Japon, justifiant cette décision par une « instabilité de la sécurité sociale » sur l’archipel. Cette mesure vise à dissuader les étudiants chinois de choisir le Japon comme destination d’études, ce qui pourrait avoir un impact économique significatif pour le secteur de l’éducation japonais.

Le gouvernement chinois a également instrumentalisé sa population comme levier économique. En août dernier, plus d’un million de touristes chinois se sont rendus au Japon, constituant le plus important contingent de visiteurs étrangers. Pékin espère désormais que ses citoyens renonceront à leurs voyages au Japon, privant ainsi l’économie japonaise de revenus importants. Plusieurs compagnies aériennes chinoises ont d’ores et déjà annoncé qu’elles rembourseraient les billets d’avion pour le Japon réservés avant le 31 décembre.

Pour accentuer la pression, les garde-côtes chinois ont effectué une patrouille maritime dans l’archipel des Senkaku (appelé Diaoyu par la Chine), une zone contestée en mer de Chine orientale. Cette démonstration de force vise à affirmer la souveraineté chinoise sur ces îles et à signaler à Tokyo que Pékin est prête à défendre ses intérêts par tous les moyens.

Cette escalade diplomatique et économique s’inscrit dans une stratégie plus large de Pékin visant à dissuader toute démocratie de soutenir Taïwan. La Chine a déjà puni d’autres pays qui ont pris des mesures perçues comme hostiles à ses intérêts. En 2016, après l’installation d’un bouclier antimissile américain en Corée du Sud, Pékin a imposé un boycott de la musique pop et des séries télévisées sud-coréennes, causant des pertes de plusieurs milliards de dollars à l’économie sud-coréenne. La Norvège a également subi des représailles commerciales après l’attribution du prix Nobel de la paix à un dissident chinois en 2010, tandis que la Lituanie a été temporairement exclue du système douanier chinois après avoir ouvert un bureau de représentation taïwanais à Vilnius en 2021.

Il reste à voir si la population chinoise se ralliera à la ligne dure du gouvernement. Pour l’instant, les salles de cinéma chinoises sont dominées par des productions étrangères, notamment des films japonais. Le nouveau film “Terminator” et l’adaptation manga “Demon Slayer” occupent actuellement les premières places du box-office chinois, ce qui suggère que l’appel au boycott pourrait ne pas rencontrer un écho immédiat auprès du public.

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