Publié le 17 juin 2024 à 16h35. La Chine frappe l’Union européenne avec des droits de douane provisoires sur les produits laitiers, une riposte directe aux tarifs européens sur les véhicules électriques chinois, exacerbant les tensions commerciales entre les deux géants économiques.
- La Chine impose des droits de douane provisoires allant de 21,9 % à 42,7 % sur certains produits laitiers importés de l’UE.
- La Commission européenne dénonce une décision « injustifiée et infondée », basée sur des allégations douteuses.
- Ces mesures interviennent dans un contexte de tensions commerciales croissantes, notamment suite aux droits de douane européens sur les véhicules électriques chinois.
Pékin a annoncé lundi l’imposition de ces droits provisoires, consécutive à une enquête antisubventions. Les produits visés incluent le lait et le fromage, y compris des appellations d’origine protégée comme le roquefort français et le gorgonzola italien. La plupart des entreprises concernées devront s’acquitter d’environ 30 % de droits de douane, mais certains acteurs, comme FrieslandCampina Belgium NV et FrieslandCampina Nederland BV, verront leurs taxes atteindre 42,7 %, tandis que Sterilgarda Alimenti SpA bénéficiera du taux le plus bas, à 21,9 %. Les entreprises qui n’ont pas participé à l’enquête seront soumises au taux maximal.
La Commission européenne a fermement réagi à cette décision, qualifiant l’enquête chinoise de biaisée et les mesures prises d’injustifiées.
« L’évaluation de la Commission est que l’enquête repose sur des allégations douteuses et des preuves insuffisantes, et que les mesures sont donc injustifiées et infondées. »
Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne
La Commission a indiqué qu’elle examinerait attentivement la décision et transmettrait ses observations aux autorités chinoises.
Cette escalade commerciale fait suite à l’ouverture, en 2023, d’une enquête antisubventions par la Commission européenne sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. En réponse, la Chine a déjà imposé des droits de douane sur le brandy et la viande de porc en provenance de l’UE, des mesures perçues comme des représailles. Cependant, Pékin a montré une certaine flexibilité dans le passé, notamment en réduisant l’impact de ses droits de douane sur le porc et en épargnant partiellement les grands producteurs de cognac comme Pernod Ricard, LVMH et Rémy Cointreau après son enquête sur le brandy.
Le ministère chinois du Commerce a justifié sa décision en affirmant avoir trouvé des preuves de subventions aux importations de produits laitiers de l’UE, nuisant ainsi aux producteurs chinois. Environ soixante entreprises, dont Arla Foods, propriétaire des marques Lurpak et Castello, seront affectées par ces nouveaux droits de douane. Le ministère a également indiqué que les négociations concernant les tarifs européens sur les véhicules électriques avaient repris ce mois-ci, mais aucune annonce n’a été faite depuis l’expiration du délai prévu la semaine dernière. Un haut diplomate européen à Pékin a souligné la semaine dernière que des divergences majeures persistaient entre les deux parties.
La Chine a importé pour 589 millions de dollars américains (environ 438 millions de livres sterling) de produits laitiers concernés par l’enquête en 2023, un chiffre comparable à celui de 2022. Cette décision intervient à un moment où les producteurs chinois de lait sont confrontés à une surproduction et à une baisse des prix, en raison du déclin démographique et de la sensibilité accrue des consommateurs aux coûts.