Publié le 17 octobre 2024 à 08h30. Le président chinois Xi Jinping a orchestré une purge sans précédent au sein de l’Armée populaire de libération (APL), limogeant le numéro deux de l’armée et huit autres hauts commandants dans le cadre d’une vaste campagne anti-corruption qui soulève des questions sur la stabilité interne et les priorités stratégiques de Pékin.
- Le général He Weidong, l’un des deux vice-présidents de la Commission militaire centrale (CMC), a été démis de ses fonctions, une première en six décennies pour un officier de ce rang en exercice.
- Neuf officiers supérieurs, issus de différentes branches de l’APL, sont soupçonnés de « crimes majeurs » liés à la corruption et ont été exclus du Parti communiste chinois (PCC).
- Cette purge intervient alors que la Chine se prépare à une réunion cruciale du comité central du PCC, où sera discuté le prochain plan quinquennal de développement du pays.
Cette vague de limogeages, qui inclut des responsables de l’armée de terre, de la marine, des forces de fusée et de la police armée, marque une intensification de la lutte contre la corruption menée par Xi Jinping au sein de l’APL. Le ministère de la Défense a précisé que les officiers concernés sont accusés de crimes impliquant des sommes considérables et que leurs dossiers ont été transmis à la justice militaire.
Parmi les officiers mis à l’écart figure également Miao Hua, un autre membre de la CMC, suspendu de ses fonctions en novembre 2023. He Hongjun, ancien chef adjoint du département du travail politique de la CMC, fait également partie des personnes visées par cette purge.
Selon Lyle Morris, expert de l’armée chinoise à l’Asia Society Policy Institute, la destitution de He Weidong est « l’un des plus grands bouleversements au sein de l’APL depuis des décennies ».
« Il était sur la bonne voie pour devenir le prochain vice-président principal du CMC, éventuellement en remplacement de Zhang Youxia, et a sauté un grade lorsqu’il a été élevé au CMC lors du 20e Congrès du Parti. »
Lyle Morris, expert de l’armée chinoise à l’Asia Society Policy Institute
Cette campagne anti-corruption, qui s’est accélérée en 2023 avec des enquêtes sur les achats militaires, s’étend désormais à tous les échelons de l’armée. Certains observateurs suggèrent que cette purge massive pourrait refléter des préoccupations plus larges de Xi Jinping concernant la loyauté et l’efficacité de l’APL, au-delà des simples questions de corruption.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie, et les problèmes de corruption qui ont affaibli l’armée russe sur le champ de bataille, ont également pu inciter Xi Jinping à intensifier sa lutte contre la corruption au sein de l’APL. Wang Houbin, ancien chef de la PLA Rocket Force, responsable en partie de l’arsenal nucléaire chinois, figure également parmi les officiers limogés. Il avait été nommé à ce poste en 2023 après la purge de son prédécesseur et de son adjoint.
Le ministère de la Défense a affirmé que cette action énergique démontre « la position claire selon laquelle il n’y a absolument aucune place pour les éléments corrompus au sein des forces armées » et qu’elle contribue à rendre l’APL « plus pure, plus unifiée et plus capable de combattre ». Huit des neuf dirigeants limogés étaient membres du Comité central du PCC, l’organe décisionnel le plus élevé du parti après le Politburo.
Ces limogeages interviennent à un moment crucial, à la veille d’une réunion importante du comité central du PCC, où les hauts responsables du parti discuteront du prochain plan quinquennal de développement du pays.
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