Publié le 16 novembre 2024 à 00:46:00. Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a relancé le débat sur la création d’une monnaie québécoise, une proposition qui suscite des réactions contrastées parmi les économistes et les acteurs politiques.
- Le Parti québécois propose d’adopter une politique monétaire propre au Québec à long terme, tout en conservant le dollar canadien pendant une décennie après une éventuelle souveraineté.
- L’idée d’une monnaie québécoise est motivée par la volonté d’éviter les effets du « mal hollandais », un phénomène économique lié à l’abondance des ressources naturelles.
- Des économistes se prononcent pour ou contre cette proposition, certains la jugeant essentielle pour l’autonomie économique du Québec, d’autres la considérant imprudente compte tenu des déficits budgétaires actuels.
La proposition de créer une monnaie québécoise, dévoilée samedi par le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a ravivé un débat de longue date au Québec. Si le PQ estime qu’il serait plus prudent de conserver le dollar canadien pendant les dix premières années suivant une éventuelle déclaration d’indépendance, la formation politique souverainiste plaide pour une politique monétaire distincte à terme.
Cette position s’inscrit dans la continuité des réflexions menées par d’anciens ministres des Finances québécois. Nicolas Marceau, qui a conseillé le PQ dans l’élaboration de son « livre bleu » sur l’indépendance, s’est dit favorable à cette initiative. « Je trouve ça très bien », a-t-il affirmé au Devoir samedi. « Il y a des grands avantages à avoir une politique monétaire qui est vraiment adaptée à nos circonstances. Vous savez, il y a eu beaucoup de crises dans les années récentes où on a vu que des pays qui n’avaient pas leur propre politique monétaire [ont eu] des problèmes. »
Dans son ouvrage Une fois le Québec souverain, publié en 2022, Nicolas Marceau met en avant le risque de « mal hollandais » comme argument en faveur d’une monnaie québécoise. Ce phénomène, qui affecte les économies fortement tributaires des ressources naturelles comme le Canada, peut entraîner des fluctuations importantes de la valeur de la monnaie. Paul St-Pierre Plamondon a d’ailleurs évoqué ce risque samedi pour justifier sa proposition.
Cependant, tous les économistes ne partagent pas cet avis. Vincent Geloso, qui avait approuvé le « budget de l’an un » présenté par le chef péquiste, a exprimé des réserves quant à la pertinence d’une telle initiative. « Le mal hollandais, en gros, il arrive seulement si vous avez des institutions de merde », a-t-il déclaré sans détour. « Si vous êtes une république de bananes, donc si vous avez un dictateur au pouvoir, le mal hollandais se produit exactement comme prévu. »
L’ancien adéquiste, qui se décrit comme souverainiste, estime que le Canada ne correspond pas à ce profil. « On ne rentre pas dans la catégorie qui fait en sorte que le mal hollandais se génère. Fait que jetez-moi ça aux poubelles », a-t-il ajouté. Il avait déjà critiqué la position de M. St-Pierre Plamondon sur la monnaie en 2023, la qualifiant de « harpe […] des nationalistes de cabane à sucre ». Article du Devoir sur les critiques de Vincent Geloso
Paul St-Pierre Plamondon a minimisé ces critiques, estimant qu’il faut s’attendre à des réactions négatives face à une telle proposition. « Il y a un moment donné… Se faire remplir de toutes sortes de propos qui essentiellement sont un peu méprisants par rapport à la capacité des Québécois de faire ce que tout le monde fait, y compris les Canadiens, il va falloir en prendre et en laisser », a-t-il affirmé.
Vincent Geloso reste néanmoins sceptique. Il juge les sept étapes de création d’une devise québécoise présentées par M. St-Pierre Plamondon imprudentes, en particulier compte tenu des déficits budgétaires actuels du Québec. « Ce qui est problématique là-dedans, ce sont les six dernières étapes », a-t-il précisé, soulignant que la première étape consiste à conserver la monnaie canadienne pendant dix ans.
Jean-Martin Aussant, spécialiste en économie et ancien chef d’Option nationale, a cependant contredit cet argument. « La situation fiscale du Québec est enviable par rapport aux autres pays de l’OCDE », a-t-il déclaré. « On est dans une situation […] où tout le monde est en déficit. » Il a également souligné que plusieurs pays de taille comparable au Québec, comme le Danemark, la Suisse et la Norvège, disposent de leur propre banque centrale et de leur propre devise sans que leur santé financière en soit compromise.
M. Aussant a également rappelé que Jacques Parizeau, premier ministre du Québec lors du référendum de 1995, avait initialement préconisé l’utilisation du dollar canadien dans un Québec indépendant, mais qu’il avait ensuite évolué vers une position favorable à une monnaie québécoise. « Monsieur Parizeau n’a jamais pensé que le Québec avait les mêmes intérêts économiques que l’Ontario ou l’Ouest pétrolier, ou même les Maritimes », a-t-il conclu. « C’est juste que le débat et les priorités portaient sur autre chose. »