Publié le 26 novembre 2025 à 10h40. Une vague de contestations menée par la génération Z, reconnaissable à son emblème emprunté au manga japonais One Piece, a secoué plusieurs pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine en 2025, entraînant la chute de deux gouvernements.
- La génération Z, née entre la fin des années 1990 et la fin des années 2000, s’est mobilisée contre le chômage, la pauvreté et les inégalités.
- L’emblème d’une tête de mort coiffée d’un chapeau de paille, tiré de la série One Piece, est devenu un symbole de cette contestation mondiale.
- Si les revendications sont locales, elles convergent vers un rejet du « pillage » et des « abus » des gouvernements et des élites économiques.
De Madagascar au Népal, en passant par le Maroc et l’Indonésie, les manifestations de la génération Z ont pris de l’ampleur en 2025, marquant une nouvelle forme de contestation politique. Ces mouvements, souvent spontanés, se distinguent par leur capacité à mobiliser rapidement grâce aux réseaux sociaux tels que Discord, Instagram et TikTok, et à fédérer des secteurs de la société au-delà des jeunes.
Les rébellions ont abouti à des résultats contrastés. À Madagascar, l’armée a pris le pouvoir après la fuite du président, nommant un gouvernement composé en grande partie d’anciens responsables politiques, suscitant la déception des groupes de la génération Z. Au Népal, un Premier ministre par intérim a été désigné suite à un vote organisé sur Discord, et une commission d’enquête a été mise en place pour faire la lumière sur les décès de plusieurs manifestants. Au Maroc, des promesses de réformes sociales ont été obtenues, mais plus de 2 400 personnes, dont plus de 1 400 en détention, étaient poursuivies en justice fin octobre.
L’étincelle de ces mouvements est née de préoccupations locales spécifiques. En Indonésie, les manifestants dénonçaient les bas salaires, le chômage et les violences policières. Au Népal, la corruption des élites et l’interdiction des réseaux sociaux étaient au cœur des revendications. À Madagascar, la population s’est mobilisée contre les coupures d’eau et d’électricité chroniques. Au Maroc, les inégalités en matière d’éducation et de santé ont été pointées du doigt, tandis qu’au Kenya, les nouvelles taxes ont déclenché les protestations.
Selon Cécile Van de Velde, sociologue à l’Université de Montréal, ces revendications locales témoignent d’une volonté commune de défendre les besoins essentiels des communautés et de refuser de se laisser priver des éléments de base pour survivre : la santé, la sécurité et la représentation politique. Elle souligne que ces mouvements aspirent à devenir « le nouveau visage d’une révolte mondiale et générationnelle ».
Le mouvement malgache a été directement inspiré par les événements survenus au Népal en septembre 2025. Elliot Randriamandrato, porte-parole du mouvement malgache, explique :
« Le Népal a ouvert la voie. Nous avons vu ce qui s’est passé, le drapeau levé, les liens tissés avec One Piece. Et on s’est dit : ça y est, ça suffit. »
Elliot Randriamandrato, porte-parole du mouvement malgache
Kai, un manifestant de 26 ans à Madagascar, qui a souhaité ne pas révéler son nom complet, témoigne de l’importance de One Piece pour sa génération :
« J’ai grandi avec One Piece, comme la grande majorité de la génération Z, donc c’est devenu un symbole pour nous. Cela signifie désormais une résistance contre les « gouvernements oppressifs ».
Kai, manifestant à Madagascar
Si les mouvements de la génération Z se sont essoufflés vers la fin de l’année, ils ont laissé des traces durables. Au Népal, les manifestants préparent déjà les élections de mars 2026, en se concentrant sur la lutte contre la corruption et en lançant une campagne d’inscription des électeurs. Yujan Rajbhandari, un manifestant népalais, affirme :
« Nous sommes dans la deuxième phase du mouvement… Nous ne nous arrêterons pas. »
Yujan Rajbhandari, manifestant au Népal
Malgré leur organisation spontanée et leur manque de leadership formel, ces mouvements ont démontré la puissance de la génération Z et sa capacité à remettre en question l’ordre établi. La question demeure de savoir si cette énergie pourra se traduire en projets politiques durables et en des changements concrets.