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La juridiction universelle a fait une «  petite fissure dans ce mur d’impunité  », explique l’expert des crimes syriens Patrick Kroker – juriste – Fonctionnelles

Publié le 29 septembre 2025 20:10:00. L’éviction de Bachar el-Assad ouvre une nouvelle ère pour la justice universelle dans les affaires syriennes, un outil de plus en plus utilisé pour poursuivre les crimes commis dans le pays, malgré…

La juridiction universelle a fait une «  petite fissure dans ce mur d’impunité  », explique l’expert des crimes syriens Patrick Kroker – juriste – Fonctionnelles

Publié le 29 septembre 2025 20:10:00. L’éviction de Bachar el-Assad ouvre une nouvelle ère pour la justice universelle dans les affaires syriennes, un outil de plus en plus utilisé pour poursuivre les crimes commis dans le pays, malgré les défis liés à la traumatologie des victimes et à la complexité de la reconstruction d’une mémoire historique partagée.

  • La juridiction universelle permet aux États de poursuivre des individus accusés de crimes graves (génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, torture) indépendamment du lieu où ces crimes ont été commis ou de la nationalité des auteurs et des victimes.
  • L’Allemagne a joué un rôle pionnier dans ce domaine avec le procès de Koblenz, qui a abouti en 2022 à la première condamnation mondiale pour des crimes commis par l’appareil de sécurité d’Assad.
  • Les experts soulignent que la justice universelle ne saurait remplacer une justice locale et syrienne, mais qu’elle constitue une étape importante pour briser l’impunité et ouvrir la voie à d’autres mécanismes de responsabilisation.

Avec le départ de Bachar el-Assad, la justice universelle prend une nouvelle dimension dans la quête de justice pour les victimes des crimes commis en Syrie. Le Dr Patrick Kroker, conseiller juridique principal au European Center for Constitution and Human Rights (ECCHR) à Berlin, explique que l’utilisation de ce principe a été une surprise, compte tenu de son application restrictive en Europe ces dernières années.

« Au début, j’ai été un peu surpris de la façon dont [la justice universelle] a été utilisée, » explique le Dr Kroker. « Lorsque nous avons commencé notre travail, nous avions constaté une application très restrictive de la juridiction universelle en Europe, et en particulier en Allemagne. Le fait qu’elle soit réellement appliquée dans les cas syriens a été une surprise. » Il nuance toutefois cette observation, soulignant que depuis 2020 ou 2021, l’application de ce principe s’est stabilisée et qu’il espère qu’elle se poursuivra.

Le procès de Koblenz, mené en Allemagne, a marqué un tournant en obtenant en 2022 la première condamnation mondiale pour des crimes commis par l’appareil de sécurité d’Assad. Ce procès a démontré le potentiel de la justice universelle lorsque les tribunaux syriens sont inaccessibles et que les juridictions internationales sont hors de portée.

Cependant, la question de la reconstruction d’une mémoire historique syrienne se pose. Le Dr Kroker reconnaît le risque que les procès en justice universelle fassent figurer la Syrie dans un récit d’atrocités étroit, au détriment d’une construction plus complexe et nuancée de l’histoire du conflit.

« La juridiction universelle ne peut être la réponse à une atrocité aussi à grande échelle que celle qui s’est produite en Syrie. C’est une première étape pour faire un petit trou dans cet énorme mur d’impunité. Mais pour gérer légalement les crimes d’une telle ampleur, de nombreuses étapes différentes doivent être prises, et la juridiction universelle n’est qu’un pont, pas plus et pas moins. »

Patrick Kroker, conseiller juridique principal à l’ECCHR

Un autre défi majeur est la prise en compte des traumatismes des survivants, les procès se déroulant souvent loin de leur domicile. Le Dr Kroker souligne l’importance d’appliquer un cadre procédural sensible au genre et aux traumatismes, mais insiste sur le fait que cela dépend de la législation en vigueur et de la volonté des acteurs de l’appliquer.

Enfin, le Dr Kroker espère que la jurisprudence développée lors du procès de Koblenz et d’autres poursuites en justice universelle liées à la Syrie pourra servir de modèle pour d’autres situations, au-delà du cas spécifique de l’ère Assad. Il cite notamment le cas de Gaza, où les accusations de famine utilisée comme méthode de guerre pourraient bénéficier de cette jurisprudence. La juridiction universelle, selon lui, doit être considérée comme faisant partie d’un écosystème plus large de justice internationale.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.