Home MondeLa position nucléaire saoudienne après la guerre des 12 jours

La position nucléaire saoudienne après la guerre des 12 jours

by Clara Dubois

L’escalade des tensions au Moyen-Orient, marquée par des affrontements récents entre Israël et l’Iran, ainsi que des incidents diplomatiques, pousse l’Arabie saoudite à reconsidérer sa stratégie de dissuasion et à explorer activement des options pour renforcer sa sécurité, y compris une possible ambiguïté nucléaire.

La guerre de douze jours qui a opposé Israël à l’Iran, ainsi que les frappes israéliennes sur Doha en septembre dernier, ont ravivé les débats sur l’intérêt d’une dissuasion nucléaire dans la région. Riyad, qui aspire depuis longtemps à égaler les capacités militaires de ses rivaux régionaux, semble désormais redoubler d’efforts pour adopter une politique d’ambiguïté nucléaire, une posture qui inquiète Washington à l’approche de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à la Maison Blanche le 18 novembre.

L’Arabie saoudite refuse depuis longtemps de se conformer aux demandes américaines de renoncer à son droit d’enrichir de l’uranium sur son territoire, invoquant des préoccupations liées à son autonomie et à son indépendance stratégique. Cette approche contraste avec celle des Émirats arabes unis, qui ont signé en 2009 un accord dit “étalon-or” avec les États-Unis, interdisant l’enrichissement de l’uranium et le retraitement du plutonium sur leur sol. Cet accord a permis à Abou Dhabi de construire la centrale nucléaire de Barakah, qui dépend entièrement de l’uranium faiblement enrichi importé.

Riyad considère que l’adoption de l’étalon-or serait un désavantage concurrentiel inacceptable. L’accord nucléaire iranien de 2015 autorisait Téhéran à enrichir de l’uranium de faible activité, tandis qu’Israël, de son côté, dispose d’un arsenal nucléaire depuis des décennies. D’autres alliés des États-Unis, comme l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, possèdent également des programmes nucléaires avancés. Pour l’Arabie saoudite, le contrôle de l’ensemble du cycle du combustible nucléaire est perçu comme un droit souverain, lié à son prestige et à sa capacité à influencer l’équilibre des pouvoirs régional.

Les projets nucléaires saoudiens se concentrent actuellement sur la construction de deux réacteurs à eau sous pression, une technologie présentant un risque de prolifération limité. Le développement de ce programme est supervisé par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et s’inscrit dans le cadre de l’accord de garanties générales de l’organisme. Des appels d’offres sont en cours pour la première centrale nucléaire saoudienne à Duwaiheen, avec des soumissionnaires de Corée du Sud, de Chine, de France et de Russie, ainsi qu’une voie de négociation distincte avec les États-Unis.

Bien que Riyad insiste sur un programme à vocation civile, il cultive une ambiguïté nucléaire et a refusé d’adopter le “protocole additionnel amélioré” de l’AIEA, un cadre de surveillance plus strict. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a déclaré à plusieurs reprises que si l’Iran acquiert l’arme nucléaire, l’Arabie saoudite emboîtera le pas.

Les récentes frappes israéliennes ont renforcé l’urgence pour les monarchies du Golfe de renforcer leur pouvoir de dissuasion, qu’il soit conventionnel ou non, et de garantir des garanties de sécurité américaines plus solides. La confrontation israélo-iranienne a également remis en question l’idée que la simple possession d’une capacité nucléaire de seuil, comme c’est le cas de l’Iran, suffise à dissuader une attaque préventive. La guerre a mis en évidence le fait qu’une telle approche n’a pas garanti la stabilité du régime iranien, et que 30 hauts responsables iraniens ont été tués au cours des affrontements.

À court terme, l’Arabie saoudite ne pourra pas assurer sa propre dissuasion nucléaire en raison des coûts financiers et politiques considérables que cela impliquerait. Cependant, elle explore activement différentes options, notamment un nouvel accord de défense mutuelle avec le Pakistan. Cet accord, qui n’a pas été rendu public, pourrait permettre à Riyad de bénéficier d’une garantie de sécurité grâce à l’extension du parapluie nucléaire pakistanais ou au transfert de capacités en cas de menace existentielle.

La coopération nucléaire entre l’Arabie saoudite et le Pakistan remonte à la fin des années 1970, Riyad ayant apporté un soutien financier crucial au programme nucléaire pakistanais. Des rapports faisant état de scientifiques pakistanais se rendant en Arabie saoudite et de déclarations de responsables saoudiens suggérant que le Pakistan pourrait fournir la bombe à Riyad en cas de besoin ont alimenté les soupçons d’un filet de sécurité nucléaire discret entre les deux États, désormais renforcé par un accord bilatéral formel.

La reconsidération nucléaire de l’Arabie saoudite reflète non seulement la menace perçue d’Israël, mais aussi une méfiance croissante à l’égard des garanties de sécurité américaines. Les frappes américaines contre l’Iran en juin, et la frappe israélienne contre le Qatar, ont confirmé aux capitales arabes que les États-Unis ne sont pas toujours un allié fiable.

Néanmoins, les États-Unis restent le partenaire privilégié des monarchies du Golfe en matière de technologie nucléaire. La coopération nucléaire est une priorité saoudienne dans les négociations du “méga-accord” avec Washington. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche pourrait ouvrir la voie à une percée, Trump ayant discrètement autorisé les entreprises américaines à poursuivre leurs travaux préparatoires nucléaires avec l’Arabie saoudite lors de son premier mandat, et ayant signalé sa volonté de dissocier la coopération nucléaire de la normalisation avec Israël.

En fin de compte, la trajectoire du programme nucléaire saoudien dépendra des dynamiques régionales futures. Si Téhéran accélère son chemin vers la bombe et qu’Israël continue d’exploiter ses propres capacités non déclarées, Riyad ressentira une pression accrue pour maintenir l’option nucléaire à l’ordre du jour.

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