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La résolution des litiges en ligne et l’IA «pourraient révolutionner le« système de tribunaux irlandais

by Thomas Caron

Publié le 29 septembre 2025 à 05h07. L’intelligence artificielle et les modes de règlement des litiges en ligne pourraient transformer en profondeur le système judiciaire irlandais, promettant des procédures plus rapides, moins coûteuses et une potentielle réduction du nombre de juges. Un magistrat de la Haute Cour appelle à une adaptation rapide pour éviter de voir la justice supplantée par des solutions numériques.

  • L’utilisation de la résolution des différends en ligne (RDO) pourrait alléger considérablement la charge de travail des tribunaux irlandais, notamment dans les affaires de divorce.
  • Plusieurs pays, dont les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni, ont déjà mis en place des systèmes de RDO performants.
  • La Chine est présentée comme un pionnier dans l’intégration de l’IA dans le processus judiciaire, avec des “juges d’IA” assistant les magistrats humains.

L’irruption de l’intelligence artificielle (IA) et de la résolution des différends en ligne (RDO) pourrait bien révolutionner le fonctionnement des tribunaux en Irlande. C’est l’avis du juge Max Barrett, de la Haute Cour, auteur d’un ouvrage récent sur le sujet. Selon lui, l’adoption de ces nouvelles technologies pourrait conduire à une diminution du nombre de juges nécessaires et à une accélération significative du traitement des affaires, tout en réduisant les coûts pour les justiciables.

Le juge Barrett souligne que des procédures de divorce en ligne sont déjà pratiquées au Royaume-Uni. L’introduction de la RDO dans les affaires de divorce non consensuelles en Irlande permettrait, selon lui, de décharger les tribunaux d’un nombre important de dossiers. Il insiste sur la nécessité d’une impulsion venant du pouvoir judiciaire pour assurer le succès de la RDO, s’appuyant sur l’expérience américaine.

Dans son livre, intitulé Résolution des différends en ligne : l’avenir du droit à l’ère numérique, le juge Barrett met en garde contre le risque pour les systèmes judiciaires de ne pas évoluer avec leur temps. Il avertit qu’ils pourraient être progressivement remplacés par des systèmes de RDO, pour lesquels une demande mondiale est clairement établie. Il affirme que la RDO est « incontournable » et que les États-Unis ont développé un modèle mature et intégré aux tribunaux pour les litiges courants, offrant un « paradigme réalisable » pour d’autres démocraties.

L’Irlande n’est pas seule à explorer ces pistes. Le Conseil de l’Europe a mis l’accent sur la dimension des droits de l’homme dans le développement de la RDO, tandis que la Chine, considérée comme un « pionnier » dans ce domaine, a déployé des plateformes de RDO centralisées et à grande échelle. À Pékin, un tribunal internet utilise même un « juge d’IA », doté d’une apparence humaine, d’une voix et d’expressions faciales, pour assister les juges dans les tâches répétitives et de base.

L’intégration de l’IA, du Big Data et de l’automatisation en Chine permet, selon le livre, d’atteindre une « efficacité inégalée ». Le juge Barrett distingue la RDO de la résolution alternative des différends (RAD), qui englobe des méthodes plus souples comme l’arbitrage et la médiation. Il estime que réduire la RDO à une simple RAD assistée par la technologie est une « sous-estimation fondamentale » de son potentiel transformateur.

La RDO, explique-t-il, intègre des technologies de pointe, notamment l’IA et l’apprentissage automatique, pour automatiser les processus, proposer des solutions personnalisées et créer des plateformes structurées qui servent d’« outils de justice ». Elle pourrait rendre la justice plus accessible et abordable, en particulier pour les justiciables aux ressources limitées, en réduisant les frais de déplacement et les coûts juridiques. Les systèmes en ligne pourraient également simplifier les procédures pour les personnes qui se représentent elles-mêmes et aider à réduire les arriérés de dossiers.

Pour le juge Barrett, la RDO représente une « réimagination fondamentale de la justice à l’ère numérique ». Contrairement à la RAD, qui est principalement réactive, la RDO a le potentiel d’être proactive, en aidant les parties à éviter les litiges ou à les contenir avant qu’ils ne s’aggravent. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a récemment souligné le « potentiel important » de la RDO pour améliorer l’accès à la justice.

La confiance dans la RDO repose, selon le juge Barrett, sur des systèmes sécurisés et une utilisation prudente de l’automatisation. Des « mesures de cybersécurité robustes » sont essentielles pour garantir la sécurité des plateformes. À terme, l’association de la RDO à l’IA dans l’élaboration de jugements, même avec un contrôle humain, pourrait conduire à un système judiciaire irlandais « radicalement différent » de l’actuel, qu’il qualifie de « quasi-victorien ».

Cependant, le juge Barrett insiste sur la nécessité d’un « examen humain attentif » des jugements assistés par l’IA. L’IA peut gérer rapidement les litiges à volume élevé et à faible complexité, mais des préoccupations subsistent concernant les biais algorithmiques et l’opacité de la prise de décision. Des garanties et une surveillance humaine sont « essentielles » pour maintenir la confiance. L’IA peut libérer les juges humains pour qu’ils se concentrent sur des questions plus complexes et nuancées, et analyser de grandes quantités de données pour identifier des tendances.

L’ouvrage Résolution des différends en ligne : l’avenir du droit à l’ère numérique est publié par Globe Law and Business Ltd au Royaume-Uni. Tous les droits d’auteur sont reversés à l’appel de fonds de la Croix-Rouge pour l’Ukraine.

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