Publié le 19 novembre 2025 04:30:00. La visite officielle du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à Washington, sept ans après les conclusions de la CIA sur son implication dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, ravive les inquiétudes quant à l’influence grandissante de l’Arabie saoudite sur la politique américaine et la liberté de la presse.
- La CIA a conclu en 2018 que le prince héritier saoudien avait ordonné l’assassinat de Jamal Khashoggi.
- Mohammed ben Salmane est de retour à Washington, invité par l’administration Trump, malgré cette conclusion.
- L’auteur de l’article témoigne d’une censure croissante au sein du Washington Post, qu’il attribue à l’influence financière saoudienne.
Sept ans après que la CIA a accusé le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) d’avoir ordonné l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, ce dernier effectue une visite officielle à Washington, sur invitation de l’ancien président Donald Trump. Cet événement, qui intervient après une période de tensions diplomatiques, soulève des questions sur les priorités de la politique étrangère américaine et le prix de ses alliances stratégiques.
L’auteur de cet article, qui a travaillé au Washington Post au moment des faits, se souvient avec émotion du moment où il a appris la conclusion de la CIA. Il confie avoir prononcé, instinctivement, la phrase arabe « alhumdulilah » – « Louange à Dieu » – un geste inhabituel pour un non-musulman, mais compréhensible face à l’espoir d’une responsabilisation du prince héritier. « En temps normal, j’aurais hésité à me réjouir de l’action de la CIA », explique-t-il, « mais après le kidnapping et le meurtre barbare de mon ami Jamal, j’aurais pu être pardonné d’espérer que MBS en subisse les conséquences. »
Jamal Khashoggi, rédacteur en chef et conseiller royal saoudien, avait été tué au consulat saoudien d’Istanbul en octobre 2018. Son corps aurait été démembré, selon les conclusions des enquêteurs. Avant sa mort, Khashoggi avait été interdit d’écrire en Arabie saoudite pour avoir critiqué la montée en puissance de Donald Trump. Il s’était ensuite exilé aux États-Unis et avait commencé à collaborer avec le Washington Post, où il dénonçait la répression croissante en Arabie saoudite.
L’auteur de l’article relate comment il avait sollicité Khashoggi pour écrire pour le Washington Post en 2017, lui offrant une tribune pour briser son silence. « Jamal m’a souvent dit à quel point il était fier d’avoir ses mots publiés dans le Washington Post, et il espérait que le journal pourrait servir de modèle pour que d’autres voix soient entendues », se souvient-il.
Après le meurtre de Khashoggi, l’administration Trump avait été critiquée pour sa réaction jugée trop complaisante envers l’Arabie saoudite. Jared Kushner, gendre et conseiller de Trump, avait notamment conseillé au prince Mohammed sur la manière de gérer la crise. L’année suivante, la société de capital-investissement de Kushner a reçu 2 milliards de dollars d’un fonds d’investissement saoudien.
L’auteur dénonce une « saudification » croissante des espaces culturels occidentaux, illustrée par les investissements massifs du royaume dans le sport (parrainage du tournoi de golf LIV, acquisition de l’équipe de football de Newcastle United) et le tourisme (campagnes publicitaires avec des influenceurs). Il souligne que Khashoggi avait mis en garde contre ces stratégies de « soft power » et avait dénoncé le fossé entre l’image de façade de l’Arabie saoudite et la réalité de la pauvreté et du mécontentement qui la caractérisent.
L’article se termine sur une note alarmante concernant la situation au sein du Washington Post. L’auteur affirme que la section d’opinion mondiale, pour laquelle Khashoggi écrivait, a été démantelée et que la bourse Jamal Khashoggi, destinée à soutenir les écrivains dénonçant les régimes autoritaires, a été abandonnée. Il dénonce une censure croissante au sein du journal, imposée par le propriétaire Jeff Bezos, qui privilégie désormais les sujets liés au « libre marché » et aux « libertés personnelles ». L’auteur affirme avoir lui-même été victime de cette censure et avoir été contraint de quitter le journal.
Il conclut que le sort de Jamal Khashoggi était un avertissement pour l’Amérique, annonçant une perte imminente de liberté et une censure croissante. Il critique ceux qui estiment que les considérations morales ne doivent pas entraver le partenariat américano-saoudien, soulignant que les arrangements conclus ne profitent qu’aux milliardaires et aux négociants, et non à l’Américain moyen.