L’administration américaine a dévoilé sa nouvelle Stratégie de sécurité nationale (NSS), un document qui marque une rupture notable avec les approches traditionnelles en matière de politique étrangère et qui suscite déjà des réactions contrastées, notamment en Europe.
Publiée le 24 septembre 2025, après des mois de retards et de négociations internes, cette stratégie privilégie l’hémisphère occidental, avec un accent particulier sur la lutte contre l’immigration massive et le « narcoterrorisme ». Elle introduit un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe, visant à empêcher toute influence étrangère perçue comme menaçante dans la région. Selon ce corollaire, les États-Unis refuseront aux puissances non-américaines la possibilité d’établir des bases militaires ou d’autres infrastructures stratégiques dans leur voisinage.
Si la Chine reste un sujet de préoccupation, le ton employé à son égard est moins virulent que dans la première NSS de l’administration Trump, publiée en 2017. Le document maintient une position ambiguë sur la question de la souveraineté taïwanaise, soulignant l’importance stratégique de l’île sans pour autant clarifier l’engagement américain en cas d’attaque.
C’est toutefois l’Europe qui est au centre des critiques les plus acerbes. La NSS dénonce un risque d’« effacement civilisationnel » du continent, pointant du doigt les politiques migratoires, l’influence des institutions transnationales comme l’Union européenne, la censure de la liberté d’expression, le déclin démographique et l’affaiblissement des identités nationales. Le document va jusqu’à encourager les partis « patriotiques » européens, estimant que leur montée en puissance est un signe positif.
« L’Amérique encourage ses alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau d’esprit, et l’influence croissante des partis patriotiques européens donne en effet lieu à un grand optimisme », peut-on lire dans le rapport.
Cette approche a déjà provoqué des remous. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a déclaré que son pays n’avait pas besoin de « conseils extérieurs » sur sa politique intérieure. La NSS reprend d’ailleurs les thèmes abordés par le vice-président JD Vance lors de la Conférence sur la sécurité de Munich en mai dernier, qui avaient déjà suscité l’inquiétude des capitales européennes.
Par ailleurs, le document critique l’approche américaine passée au Moyen-Orient et en Afrique, estimant qu’elle était trop axée sur l’imposition de valeurs libérales. Il ne condamne pas non plus la Russie pour son rôle dans la guerre en Ukraine, imputant la responsabilité du conflit à des « responsables européens qui nourrissent des attentes irréalistes » et à des gouvernements instables.
La NSS accuse également certains pays européens, notamment l’Allemagne, de continuer à dépendre du gaz russe, sans mentionner que des alliés idéologiques de l’administration Trump, comme le Premier ministre hongrois Viktor Orban, sont les plus réticents à réduire cette dépendance.
Rédigée en grande partie par Michael Anton, l’auteur de l’ouvrage « L’élection du vol 93 », cette stratégie reflète une vision du monde très marquée par le slogan « America First ». Elle ne s’inscrit pas dans une logique d’isolement, mais appelle au contraire à un rôle américain affirmé sur la scène internationale, où les menaces posées par la Russie et la Chine sont souvent considérées comme moins importantes que celles émanant des élites libérales européennes.
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