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la tragédie de la « guerre oubliée » du Soudan

by Clara Dubois

Publié le 26 octobre 2025 07:00:00. La guerre civile au Soudan, qui dure depuis plus de deux ans, a plongé le pays dans une crise humanitaire catastrophique, avec des millions de déplacés, une famine imminente et des accusations de crimes de guerre, tandis que la communauté internationale semble tourner le dos à cette tragédie.

  • Près de 12 millions de Soudanais ont été contraints de quitter leur foyer.
  • 24 millions de personnes sont confrontées à de graves pénuries alimentaires.
  • Entre 150 000 personnes seraient mortes ou portées disparues depuis le début du conflit.

La situation au Soudan, ravagé par une guerre civile depuis avril 2023, est qualifiée de désastreuse par les organisations humanitaires. Le conflit, né d’une lutte de pouvoir entre l’armée soudanaise (Forces armées soudanaises, FAS) et les forces paramilitaires de soutien rapide (RSF), a transformé le pays en un vaste champ de bataille où les civils paient un prix exorbitant.

Selon Daniel O’Malley, chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Soudan, le pays est désormais fragmenté par des lignes de front mouvantes.

« Le Soudan a été complètement bouleversé. C’est désormais une terre de lignes de front instables et mouvantes. Il n’y a pas un seul coin du pays qui n’ait été touché. »

Daniel O’Malley, chef de la délégation du CICR au Soudan

Il souligne notamment la situation critique à Al-Fashir, dans la région du Darfour, une ville assiégée par les RSF et soumise à des bombardements incessants depuis plus de 500 jours. L’hôpital principal de la ville a été touché une quinzaine de fois l’année dernière, forçant les chirurgiens à opérer dans des maisons privées.

Un rapport récent d’un groupe d’experts mandaté par les Nations Unies dénonce des « meurtres aveugles, des violences sexuelles massives contre les femmes et les filles, des disparitions forcées et l’obstruction de l’aide humanitaire ». Les violations commises pourraient constituer des « crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ». Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a également alerté sur le fait que « des civils sont massacrés, affamés et réduits au silence ».

La communauté soudanaise d’Irlande exprime son désarroi face à l’indifférence internationale. Le Dr Rania Ahmed, anesthésiste d’origine soudanaise et présidente du Syndicat des médecins soudanais d’Irlande, témoigne de la détresse de sa famille restée au Soudan.

« C’est une tragédie qui dure depuis deux ans et demi – juste de la douleur et de la souffrance. Ils ont du mal à avoir accès à l’eau potable. Certains d’entre eux sont des déplacés internes. Certains d’entre eux n’ont pas eu l’électricité depuis deux ans. »

Dr Rania Ahmed, présidente du Syndicat des médecins soudanais d’Irlande

Elle déplore l’effondrement du système de santé, avec des hôpitaux en ruine et un manque criant d’équipements. Elle évoque le cas de sa tante, victime d’un accident vasculaire cérébral et contrainte de chercher des soins dans trois villes différentes, sans succès.

La situation humanitaire est aggravée par un déficit de financement de 74 % pour l’aide urgente au Soudan. Seuls 917 millions d’euros ont été reçus sur les 3,57 milliards d’euros nécessaires, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies. Les coupes budgétaires de l’administration Trump dans l’USAID ont contribué à cette situation. Les organisations locales, comme les cuisines communautaires, peinent à faire face à l’augmentation des besoins.

Parallèlement, des acteurs régionaux sont accusés d’alimenter le conflit. Les Émirats arabes unis sont soupçonnés de soutenir financièrement et militairement les RSF, des accusations qu’ils nient. L’Égypte et, dans une moindre mesure, l’Arabie saoudite, soutiennent l’armée soudanaise. Selon le Dr Walt Kilroy, codirecteur du DCU Conflict Institute, ces intérêts extérieurs ont prolongé la guerre.

« Ce ne sont pas des intérêts extérieurs qui ont déclenché cette guerre, mais des intérêts extérieurs ont certainement joué un rôle très important dans sa prolongation. »

Dr Walt Kilroy, codirecteur du DCU Conflict Institute

Il souligne que le Soudan est riche en or, ce qui pourrait expliquer l’implication des Émirats arabes unis.

Des efforts de médiation sont en cours, notamment par les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte, qui ont appelé à une trêve humanitaire de trois mois suivie d’un cessez-le-feu permanent. Cependant, le Dr Kilroy estime que l’influence de ces acteurs va actuellement dans le sens de la guerre plutôt que des pourparlers.

La propagation du choléra, avec plus de 2 500 décès et 100 000 cas suspects, ajoute une dimension supplémentaire à la crise. L’accès à l’eau potable est devenu un problème majeur, les infrastructures de traitement de l’eau ayant été détruites. Reportage sur l’épidémie de choléra au Soudan (RTÉ)

Des soldats de l'armée soudanaise réagissent lors d'un défilé militaire dans le cadre des commémorations religieuses des fidèles musulmans de l'anniversaire du prophète Mohamed, à Khartoum, la capitale du Soudan.
L’Égypte et, dans une moindre mesure, l’Arabie saoudite ont soutenu l’armée soudanaise.
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Les chiffres montrent un déficit de financement mondial de 74 % pour l’aide humanitaire et de protection urgente.

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