Publié le 26 octobre 2023 14h35. Un ancien soldat britannique est jugé à Belfast pour les meurtres de deux hommes et les tentatives d’assassinat de cinq autres personnes lors du « Bloody Sunday » de 1972, un événement tragique qui a marqué l’histoire des Troubles en Irlande du Nord.
- Un vétéran du régiment Parachute, identifié comme Soldat F, a plaidé non coupable des accusations portées contre lui.
- Des témoignages poignants ont été recueillis au tribunal, décrivant la peur et la confusion des civils pris sous le feu des soldats.
- L’affaire relance les débats sur la responsabilité des forces de l’ordre lors de cette journée sanglante à Derry.
Joe Mahon, l’un des survivants du « Bloody Sunday », a raconté au tribunal comment il avait fait semblant d’être mort pour échapper aux tirs. Il a témoigné avoir vu un soldat abattre d’autres victimes, avant de déclarer froidement : « J’en ai un autre. » Ces déclarations glaçantes ont été rapportées mercredi lors de la reprise du procès devant le Crown Court de Belfast.
Le 30 janvier 1972, treize civils ont été tués par des membres du régiment Parachute après une marche pacifique pour les droits civiques à Derry, en Irlande du Nord. L’événement, rapidement baptisé « Bloody Sunday », a exacerbé les tensions et contribué à alimenter les Troubles, une période de conflit violent qui a duré près de trente ans.
Soldat F est accusé des meurtres de James Wray et William McKinney, ainsi que de cinq tentatives de meurtre sur Joseph Friel, Michael Quinn, Patrick O’Donnell, Joe Mahon et une personne dont l’identité n’a pas été révélée. Il a nié toutes les accusations.
Pour se protéger d’éventuels préjugés, l’accusé assiste à toutes les audiences du procès derrière un rideau de protection. Mercredi, Joe Mahon a relaté au tribunal qu’il avait 16 ans au moment des faits et qu’il avait participé à la marche pour les droits civiques. Après avoir entendu des coups de feu, il s’était rendu au parc Glenfada, où il avait vu un petit groupe de soldats entrer et ouvrir le feu sur la foule.
M. Mahon a décrit une scène chaotique, où les gens tentaient désespérément de fuir. « Nous essayions d’ouvrir les portes de quelques maisons pour nous réfugier dans les cours, mais elles étaient toutes verrouillées », a-t-il témoigné. Il a ensuite affirmé avoir été touché, pensant initialement qu’il s’agissait d’une balle en caoutchouc.
Il a raconté avoir entendu un homme à côté de lui, gisant sur le sol, murmurer : « Je suis touché. » Il a également précisé avoir vu les corps de James McKinney et William Wray près de lui. Alors qu’un soldat s’approchait, M. Mahon a entendu une voix lui ordonner de « faire semblant d’être mort ». Il s’est alors allongé, immobile, craignant pour sa vie.
Selon son témoignage, il a ensuite vu le même soldat tirer sur James Wray alors que ce dernier tentait de se relever. Après avoir quitté la zone, le soldat est revenu et a prononcé la phrase macabre : « J’en ai un autre. » M. Mahon a ensuite levé la tête et a été aperçu par le soldat, qui s’est agenouillé et a pointé son fusil vers lui.
« J’ai détourné la tête vers la clôture, m’attendant au pire après ce qui était arrivé à Jim Wray », a-t-il déclaré. Il a alors entendu des cris de « premiers secours, ne tirez pas ! » Des civils présents sur les lieux l’ont ensuite transporté hors de la zone de danger. M. Mahon a été hospitalisé pendant plusieurs semaines pour soigner une blessure par balle au bassin.
Le procès devrait se poursuivre avec les témoignages d’autres victimes du « Bloody Sunday ».