Publié le 2024-05-03 14:35:00. L’espoir de trouver de la vie sur Europe, une lune de Jupiter, pourrait être amoindri par un manque d’activité géologique au fond de son océan souterrain, selon une nouvelle étude. Si la présence d’eau liquide est confirmée, les conditions pour l’émergence de formes de vie complexes pourraient être moins favorables que prévu.
- Une étude récente suggère que les fonds marins d’Europe pourraient manquer de l’activité tectonique nécessaire pour créer des conditions chimiques propices à la vie.
- Les chercheurs ont utilisé des modèles physiques pour évaluer la capacité des forces internes à fracturer le substrat rocheux et à libérer des composés chimiques dans l’océan.
- La mission Europe Clipper de la NASA, prévue pour 2031, pourrait apporter des données cruciales pour confirmer ou infirmer ces conclusions.
Europe, l’une des lunes de Jupiter, fascine les scientifiques depuis des années en raison de la présence probable d’un vaste océan d’eau liquide sous sa croûte glacée. Cet océan, potentiellement plus grand que tous ceux de la Terre réunis, est maintenu à l’état liquide par l’énergie générée par les forces de marée exercées par Jupiter. Pour de nombreux astrobiologistes, cet environnement représentait un candidat prometteur pour l’existence de la vie, à condition que des échanges chimiques se produisent entre l’eau et les roches du fond marin, un processus similaire à celui observé dans les profondeurs des océans terrestres.
Cependant, une nouvelle étude publiée dans la revue Communications naturelles remet en question cette hypothèse. L’équipe du planétologue Paul Byrne, de l’Université de Washington à Saint-Louis, a analysé l’état tectonique des fonds marins européens et a constaté un manque de preuves d’une activité géologique suffisante pour générer les conditions énergétiques et chimiques nécessaires à la vie.
Selon Paul Byrne,
« Sur Terre, l’activité tectonique, telle que les fractures et les failles, expose les roches fraîches à l’environnement où les réactions chimiques, principalement celles impliquant l’eau, génèrent des produits chimiques tels que le méthane qui peuvent être utilisés par la vie microbienne. »
Paul Byrne, planétologue à l’Université de Washington à Saint-Louis
Les sources hydrothermales situées sur les dorsales médio-océaniques terrestres sont riches en vie microbienne précisément en raison de cette interaction entre l’eau et les roches chaudes.
Les chercheurs ont utilisé des mesures indirectes de la structure interne de la lune et des modèles physiques pour évaluer si des forces internes pouvaient fracturer le substrat rocheux et permettre l’écoulement de fluides des roches vers l’océan. Leurs résultats indiquent que les mécanismes potentiels, tels que les marées gravitationnelles de Jupiter, la convection du manteau ou certaines réactions chimiques profondes, ne génèrent pas de contraintes suffisamment élevées pour briser les roches.
En conséquence, le fond marin d’Europe serait en grande partie « calme » sur le plan tectonique, sans failles actives ni activité comparable aux dorsales médio-océaniques terrestres. Sans cette activité, les réactions chimiques nécessaires au déclenchement des processus biologiques seraient plus difficiles à établir et à maintenir, rendant l’environnement moins favorable à la vie.
Cependant, les auteurs de l’étude soulignent que la possibilité d’abriter la vie ne peut être complètement exclue. Europe a peut-être connu une activité tectonique plus importante dans le passé, ce qui aurait pu déclencher des processus chimiques utiles. De plus, des fractures microscopiques ou des microfissures dans les roches pourraient encore permettre un certain échange chimique, bien que moins efficace. Il est également possible que la vie puisse s’adapter à d’autres sources d’énergie ou à des mécanismes différents de ceux que nous connaissons sur Terre.
Selon Paul Byrne,
« Trois facteurs principaux sont considérés comme cruciaux pour la vie : l’eau liquide, la chimie organique et l’énergie. »
Paul Byrne, planétologue à l’Université de Washington à Saint-Louis
L’océan souterrain d’Europe satisfait à la première exigence. Des produits chimiques organiques ont été identifiés dans la couche glacée externe de la lune, et il est probable qu’ils se trouvent également dans l’océan, satisfaisant ainsi la deuxième exigence. Enfin, l’orbite particulière d’Europe entraîne un réchauffement par marée à l’intérieur, fournissant l’énergie nécessaire.
La prochaine étape cruciale pour mieux comprendre Europe consiste à obtenir des mesures directes de sa structure interne et de sa géologie. La mission Europe Clipper de la NASA, dont le lancement est prévu pour 2031, orbitera autour de Jupiter et effectuera plusieurs survols de la lune. Elle cartographiera la topographie, l’épaisseur de la glace et la composition des océans, fournissant des données qui pourraient confirmer ou affiner les conclusions actuelles.
Christian Klimczak, géologue à l’Université de Géorgie et co-auteur de l’étude, conclut :
« Bien que la géologie fonctionne de manière similaire dans tout le système solaire, chaque corps planétaire que nous avons exploré présente un processus unique. »
Christian Klimczak, géologue à l’Université de Géorgie
Compte tenu de ce que nous savons d’Europe, elle reste le meilleur endroit pour rechercher la vie extraterrestre.
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