Publié le 3 octobre 2025 à 17h50 (mis à jour). L’acteur autrichien Rudolf Melichar, figure emblématique du Burgtheater et interprète privilégié d’Elfriede Jelinek, est décédé jeudi à l’âge de 96 ans, entouré de sa famille.
- Rudolf Melichar a été membre du Burgtheater de Vienne pendant plus de 50 ans, de 1968 à 2019.
- Il était reconnu pour sa maîtrise de la langue et son interprétation des œuvres contemporaines, notamment celles d’Elfriede Jelinek.
- L’écrivain lauréate du prix Nobel, Elfriede Jelinek, avait dédié un texte à Melichar il y a vingt ans, saluant sa capacité unique à “parler”.
Le monde du théâtre autrichien est en deuil. Rudolf Melichar, né à Berlin le 22 juin 1929, s’est éteint jeudi, laissant derrière lui une carrière riche et une empreinte indélébile sur la scène viennoise. Il avait rejoint le Burgtheater à la fin des années 1960 après avoir fait ses armes dans plusieurs théâtres allemands, notamment à Kiel, Essen, Hanovre, Dortmund et Cologne.
Au Burgtheater, il s’est distingué par sa polyvalence et sa capacité à incarner des personnages variés, allant des classiques autrichiens et allemands tels que Nestroy, Horváth, Schnitzler, Kleist, Goethe et Brecht, aux auteurs tels que Molière, Shakespeare, Tchekhov et Ibsen. Il a accumulé plus de cent rôles au cours de sa longue carrière, se produisant pour la dernière fois sur les planches du Vestibül à l’âge de 89 ans.
Sa collaboration privilégiée avec l’écrivain Elfriede Jelinek a marqué un tournant dans sa carrière. Dès 1994, il a brillé dans la production de Claus Peymann, “Reststätte”, et a été dès lors considéré comme un spécialiste de ses textes exigeants. Six autres mises en scène de Jelinek ont suivi, notamment sous la direction de Nicolas Stemmann (“Das Werk”, “Babel”, “The Contracts of the Merchant”) et de Stefan Bachmann (“Winter Reise” à l’Akademitheater). Il a également donné vie à des personnages dans des adaptations cinématographiques de ses œuvres, notamment dans le film d’Axel Corti et plus récemment dans l’adaptation par Michael Haneke du texte de Jelinek, “Die Piano Player”.
Melichar était également un fervent admirateur de Thomas Mann, qu’il considérait comme son “icône littéraire”. Il se souvenait avec émotion d’une rencontre fortuite avec l’écrivain, décrivant comment il l’avait aperçu dans un café viennois, “soudainement devenu vivant et assis en costume gris et cravate lumineuse”.
Récompensé par la Médaille d’or du mérite pour la science et l’art de la République d’Autriche, Rudolf Melichar s’était fait plus discret ces dernières années, mais avait continué à apparaître sporadiquement sur scène, notamment dans la dramatisation de Maja Haderlaps “Engel of Forgeting” au Burgtheater et dans “Saturn Returns” de Noah Haidle. Il a également participé à un épisode de la série télévisée “Soko Kitzbühel” en 2017.
