L’Agence de l’innovation de défense a dépensé un million d’euros pour concevoir le projet informatique ORCHIDEE, confié à la société Capgemini. Lancé en décembre 2021 pour regrouper la gestion des projets, ce système n’a jamais fonctionné correctement et a fini par couvrir à peine plus du quart des fonctionnalités attendues.
La Cour des comptes épingle un million d’euros gaspillés
Créée en septembre 2018 lors de l’élaboration de la Loi de programmation militaire 2019-25 sous la direction de Florence Parly au ministère des Armées, l’Agence de l’innovation de défense (AID) s’est retrouvée sous le feu des critiques de la Cour des comptes. Dans une note publiée le 1er octobre, l’institution financière a révélé qu’un million d’euros avait été dépensé pour un outil numérique resté inopérant.
Pour piloter son activité et suivre ses dossiers, l’agence s’appuyait historiquement sur une mosaïque d’outils non connectés entre eux. La liste comprenait notamment GRID pour les thèses, SI PME pour le dispositif RAPID, BloomFlow pour les relations partenaires, FAST pour les fiches de synthèse, ainsi que HAPPI pour l’innovation ouverte.
Ces programmes collectaient des données sans pour autant communiquer entre eux.

L’agence n’a pas été en mesure de présenter un fichier unique regroupant l’ensemble des projets en cours avec leurs descriptifs et leurs suivis budgétaires.
Capgemini échoue à livrer le logiciel ORCHIDEE
Pour résoudre cette impasse organisationnelle, l’agence a tenté de se doter d’une solution unifiée. Confié au prestataire Capgemini, le projet baptisé ORCHIDEE a été lancé en décembre 2021.
Le dispositif prévoyait trois incréments successifs pour structurer la gestion interne des dossiers. Dès le deuxième palier de développement, le constat s’est avéré sévère.
La Cour des comptes a constaté que le produit final ne répondait que très imparfaitement aux besoins exprimés par les équipes. Seules 27 % des fonctionnalités identifiées lors de l’expression de besoin étaient couvertes par la solution
, a noté l’institution dans son rapport.
L’agence peine à trouver sa place dans la défense
Dès 2019, le Sénat mettait déjà en garde contre un effet de mode, recommandant de conforter l’agence pour éviter qu’elle ne devienne qu’un miroir aux alouettes centré uniquement sur le dispositif RAPID.
La Cour des comptes estime que le compromis présidant à la création de l’agence limite son rôle réel à de l’animation de communauté plutôt qu’à une véritable coordination interministérielle. D’autres structures, comme le Commandement du combat futur de l’armée de Terre ou l’Agence ministérielle de l’intelligence de défense, agissent de leur côté tandis que le numérique relève du Commissariat au numérique de défense.
L’agence accompagne la montée en puissance de l’Internet des objets spatial et de services en orbite, à l’instar du projet de déploiement de constellations de satellites mené par l’entreprise Kinéis, dont le directeur général Thomas Hiriart et Edmond Hurel, manager projets d’accélération d’innovation à l’AID, soulignent l’intérêt opérationnel majeur pour les forces armées.