Un baobab centenaire, témoin de l’histoire de Kinshasa, est menacé par un projet immobilier. Des militants et des responsables gouvernementaux se mobilisent pour sauver ce symbole de la capitale de la République démocratique du Congo, confrontée à une urbanisation galopante et à une perte alarmante de son patrimoine vert.
Jean Mangalibi, 60 ans, pépiniériste, observe avec tristesse la transformation de Kinshasa. Depuis sa pépinière, nichée au milieu de bâtiments gris, il constate l’effacement progressif des arbres qui autrefois ombrageaient les avenues de la ville. « Nous détruisons la ville », déplore-t-il, tandis que le bruit des travaux de construction résonne à proximité.
Ce baobab, situé près du principal port de ferry et propriété de l’entreprise publique Onatra, a longtemps été entouré d’un marché de tissus animé. Mais le site est désormais fermé et les premiers signes de travaux de construction sont visibles. Des militants et des représentants locaux accusent Onatra d’avoir vendu le terrain à un promoteur privé, sans que l’identité de ce dernier ne soit clairement établie. Onatra n’a pas répondu aux sollicitations de la presse.
Au-delà de sa valeur pratique en tant que source de nourriture, le baobab occupe une place symbolique importante dans la culture congolaise, servant traditionnellement de lieu de rassemblement et de prise de parole. « C’est une partie de l’âme de Kinshasa », insiste Jean Mangalibi. « Nous avons la responsabilité de le protéger. »
L’histoire de Kinshasa, construite pour une grande partie au cours de la première moitié du XXe siècle sous la domination coloniale belge, est intimement liée à cet arbre. La tradition locale raconte que l’explorateur Sir Henry Morton Stanley y aurait négocié des terres avec les chefs traditionnels dans les années 1870, marquant le début de la colonisation.
La croissance démographique explosive de Kinshasa, estimée à 17,8 millions d’habitants dont la moitié a moins de 22 ans, exerce une pression considérable sur l’environnement urbain. Cette mégapole, l’une des plus à croissance rapide au monde, est également confrontée à des problèmes de pollution, d’inondations et de gestion des déchets.
En août dernier, l’intervention de Jean Mangalibi et d’autres militants a permis de bloquer temporairement les travaux de construction et de sauver l’arbre d’une abattage imminent, selon Sifa Kitenge, un commerçant qui travaillait à proximité. « Ils étaient prêts à le couper », témoigne-t-il, qualifiant le baobab de « symbole important ».
Malicka Mukubu, directrice de l’Office national du tourisme de la RDC, soutient cette mobilisation. « D’un point de vue ancestral, on ne coupe pas les baobabs », affirme-t-elle, reconnaissant toutefois la difficulté de faire entendre raison face à l’indifférence de certains fonctionnaires.
Francis Lelo Nzusi, géographe à l’Université de Kinshasa, souligne le manque de planification urbaine et le besoin constant en combustible comme principaux facteurs de la disparition des espaces verts. Seuls 41 % des habitants de Kinshasa ont accès à l’électricité, ce qui entraîne une forte dépendance au charbon de bois, dont la production contribue à la déforestation.
Jean Mangalibi a lancé un groupe de pression, « Autour du Baobab », afin de sensibiliser le public et de faire pression sur les autorités. Bien que son activisme ait déjà entraîné des actes de vandalisme contre sa pépinière, il reste déterminé à préserver ce dernier vestige du passé de Kinshasa.
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