Home MondeL’anniversaire de la chute d’Assad ramène la tension au Liban… un message interne du Hezbollah

L’anniversaire de la chute d’Assad ramène la tension au Liban… un message interne du Hezbollah

by Clara Dubois

Publié le 10 décembre 2023 06:03:00. Des manifestations pro et anti-Assad ont éclaté dans plusieurs villes libanaises à l’occasion du premier anniversaire de la chute du régime syrien, ravivant les tensions et révélant les tentatives du Hezbollah de maintenir son influence dans un contexte régional en mutation.

  • Des rassemblements en faveur de Bachar al-Assad ont dégénéré en affrontements à Saïda et Beyrouth, nécessitant l’intervention de l’armée libanaise.
  • Des partisans du Hezbollah ont brandi des drapeaux syriens et scandé des slogans de soutien à l’ancien régime, notamment à Tripoli.
  • Des responsables politiques libanais accusent le Hezbollah de chercher à déstabiliser le pays et à compenser une perte d’influence en Syrie.

Le premier anniversaire de la chute du régime de Bachar al-Assad a servi de catalyseur à des démonstrations de force et à des tensions palpables au Liban. Si Beyrouth est préoccupée par ses propres défis internes, les répercussions de la situation syrienne continuent de se faire sentir sur le territoire libanais, parfois de manière violente. Lundi soir et dans la nuit de mardi, des incidents ont été signalés à Saïda, dans le sud du pays, et dans le quartier de Qasqas à Beyrouth, où l’armée a dû intervenir pour contenir des affrontements.

À Saïda, un cortège de voitures manifestant son soutien au président syrien Ahmed al-Sharaa a été pris à partie près de quartiers traditionnellement influencés par le Hezbollah et le mouvement Amal. Selon l’Agence Nationale de l’Information, une dispute entre des jeunes du quartier et les occupants des véhicules a rapidement dégénéré en une bagarre générale, impliquant des coups de bâton et la destruction de plusieurs voitures. Des scènes similaires se sont produites aux abords du quartier de Qasqas à Beyrouth et à l’entrée de la banlieue sud de la capitale, malgré un dispositif de sécurité renforcé.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des motocyclistes arborant des drapeaux du Hezbollah et scandant des slogans tels que « Nous sommes vos hommes, Bachar ». Une autre vidéo a révélé l’interception d’une voiture sur la route de l’aéroport, transportant des enfants.

Ces événements interviennent dans un contexte de changement d’équilibre des pouvoirs en Syrie, avec l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Sharaa il y a un an. Les nouveaux dirigeants syriens ont clairement indiqué qu’ils ne toléreraient pas l’utilisation du territoire syrien pour le transit d’armes ou pour exercer une influence extérieure au-delà de l’autorité de l’État. Cette position semble remettre en question le rôle traditionnel du Hezbollah dans la région.

Le député Fadi Karam, membre du bloc des Forces Libanaises, estime que ces manifestations sont une tentative du Hezbollah de « démontrer une présence contre-politique ». Il a déclaré à Asharq Al-Awsat que ces actions sont « l’un des outils dont dispose le parti pour créer des conflits chaque fois qu’il estime que son influence décline au Liban ou en Syrie ». Il a également souligné que le Hezbollah « ne croit pas du tout au concept de souveraineté libanaise » et que son action s’inscrit dans un projet plus large lié à la révolution iranienne et à son expansion régionale.

« Les chants de louange à Bachar al-Assad expriment la nostalgie du parti d’un retour à l’ère du Baas syrien. »

Fadi Karam, député (Forces Libanaises)

Selon Karam, le Hezbollah est « complètement perturbé par la nouvelle réalité syrienne » et cherche à provoquer des conflits, que ce soit au Liban, en Syrie ou entre Libanais et Syriens. Il accuse le parti de rejeter toute perspective de construction d’un véritable État au Liban ou en Syrie et de vouloir rétablir un modèle d’influence sécuritaire qui s’est effondré à Damas.

Malek Marwa, militant politique, partage une analyse similaire. Il considère que les contre-manifestations organisées par les partisans du Hezbollah sont une tentative d’imposer une présence provocatrice dans des environnements où le parti n’a pas d’influence historique. Il souligne que ces comportements sont récurrents au Liban depuis près de vingt ans, notamment à travers des défilés de soutien ou des démonstrations de force dans des zones sunnites.

« Ces actions ont suscité une colère généralisée parmi la majorité des Libanais qui ne soutiennent pas (le Hezbollah), car elles représentent dans la conscience publique une forme d’imposition forcée d’une présence politique et partisane. »

Malek Marwa, militant politique

Marwa estime que les Libanais n’ont pas oublié les épisodes douloureux du passé, tels que la prise de Beyrouth, les assassinats et l’intervention militaire en Syrie. Il conclut que le message que le Hezbollah tente de transmettre est « plus interne qu’externe », visant à dissuader toute manifestation politique qui ne correspond pas à ses choix historiques. Il appelle à un retour à l’État et à l’abandon de la mentalité d’intimidation, avertissant que toute escalade serait une erreur stratégique préjudiciable au Liban et au Hezbollah.

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