La pièce Lanny, adaptée du roman de Max Porter et mise en scène par Nancy Medina, est présentée au Bristol Old Vic jusqu’au 7 novembre. Cette œuvre de noir rural mêle le mystère d’un enfant disparu et le mythe ancien d’une figure sylvestre païenne.
L’enfant disparaît dans la campagne anglaise
Le drame prend racine dans un village où s’installe un couple de citadins, Robert (joué par Raj Bajaj) et Jolie (interprétée par Hanora Kamen). Leur quotidien bascule lorsque leur fils auvergnat d’adoption ou d’allure singulière, Lanny, confié sur scène à Atlas Johnson-Dutfield lors de la première, disparaît de la bourgade.
L’enquête policière se déploie sur fond de folklore bucolique et d’ombres païennes.
Les soupçons se portent rapidement sur un artiste local. Il se nomme Richard Cant, et il est surnommé Mad Pete
en raison de son bohémianisme et de son homosexualité dans ces contrées rurales. Ce marginal avait noué une relation d’amitié avec l’enfant avant que le drame ne secoue la communauté.
Les forces mythologiques de Dead Papa Toothwort
Au cœur de la mise en scène, le mythe d’une entité ancestrale baptisée Dead Papa Toothwort plane sur l’intrigue humaine. La production s’appuie sur la conception visuelle de Rebecca Jane Wood pour matérialiser cette atmosphère de conte des frères Grimm. Des écrans géants diffusent des images granuleux d’arbres aux branches dénudées et des silhouettes de bois de cerf.
Ces choix visuels s’associent aux contrastes lumineux imaginés par Zeynep Kepekli, oscillant entre teintes chaudes et froides.
Cette esthétique du noir rural évoque des références multiples.
Elle est comparée par les spectateurs à un croisement insolite entre des traditions télévisuelles britanniques et l’ambiance fantastique d’une série comme Stranger Things, transposée dans un décor champêtre.
Le spectacle jongle entre réalisme et satire
Sous la direction de Nancy Medina, le spectacle jongle entre l’horreur feutrée et l’humour caustique. Les murmures de la vie moderne et les multiples voix du village se croisent à travers un paysage sonore désincarné, où des phrases flottent parfois directement sur le décor. Bea Roberts signe une adaptation qui transige habilement entre le réel et les hallucinations bucoliques.
Pourtant, certaines dynamiques sociales du livre d’origine s’effacent sous la tension gothique. L’homophobie subit une accentuation marquée. Les tensions xénophobes ressenties par la famille subissent aussi une accentuation marquée, bien que l’élément racial lié à l’enfant paraisse perfectible selon les retours de la représentation. Au-delà du thriller, l’œuvre interroge la douleur et la responsabilité inhérentes à la parentalité.
qui peut avoir des enfants et ne pas devenir complètement fou ?
Une scène finale intensément surréaliste
Portée par l’interprétation poignante de Hanora Kamen en mère furieuse et brisée par le deuil, la pièce progresse vers une scène finale intensément surréaliste. Le dénouement oscille entre la chanson, le miracle et la fable, suggérant l’intervention d’une divinité païenne accordant sa clémence aux humains qui peuplent son domaine.
Les représentations de cette création théâtrale se poursuivent sur les planches du Bristol Old Vic jusqu’à la date limite du 7 novembre.