Home MondeL’Argentine répète-t-elle le cas du Brésil ? Mythes et vérités sur l’avancée de l’Église évangélique dans la politique locale

L’Argentine répète-t-elle le cas du Brésil ? Mythes et vérités sur l’avancée de l’Église évangélique dans la politique locale

by Clara Dubois

L’arrivée massive de pasteurs évangéliques au Parlement argentin, illustrée par la récente photo de Karina Milei recevant la bénédiction de responsables religieux, soulève des interrogations sur l’influence croissante de ce groupe sur la politique du pays. Cette poussée, comparable à celle observée au Brésil, pourrait redéfinir les débats sur des questions sociétales majeures comme l’avortement et l’éducation.

Avec l’entrée au Congrès, à partir du 10 décembre, de sept députés et de deux sénateurs issus de La Libertad Avanza, le poids des évangéliques dans les institutions argentines ne cesse de croître. Ce phénomène s’ajoute à la présence déjà notable de pasteurs dans certains gouvernements provinciaux. L’étude Conicet de 2019 révèle que 15,3 % de la population argentine, soit plus de sept millions de personnes, se déclare évangélique, un chiffre en augmentation, notamment dans le nord-ouest du pays où le catholicisme perd du terrain.

La campagne électorale récente a vu de nombreux gouverneurs et candidats rechercher activement le soutien de ce secteur, multipliant les visites dans les temples et nouant des alliances. À Santa Fe, par exemple, le législateur Walter Ghione, également pasteur, a joué un rôle clé dans la réforme constitutionnelle qui a supprimé la religion officielle. Maximiliano Pullaro, gouverneur de la province, compte également Ghione parmi ses alliés.

L’influence évangélique se manifeste également au niveau national. Gabriel Mraida, ministre du Développement humain et de l’Habitat, est lui-même pasteur, et Nadia Márquez, future sénatrice de Neuquén, est issue d’une famille de pasteurs. Ces nouveaux élus pourraient faire progresser leur agenda sur des questions sensibles telles que la famille, l’avortement, l’éducation sexuelle et la santé mentale, comme cela a été le cas au Brésil.

Cependant, Christian Hooft, président de l’Alliance chrétienne des Églises évangéliques (ACIERA), nuance cette vision d’un bloc homogène. « Il n’y a pas de blocage évangélique », affirme-t-il, dénonçant une attitude « discriminatoire » qui ne s’applique pas aux catholiques ou aux juifs. Il souligne que les législateurs évangéliques ne votent pas nécessairement de la même manière sur toutes les questions.

Par ailleurs, des controverses entourent le financement de certaines églises. L’enquête sur la construction du temple « Portal del Cielo » dans le Chaco, financé en partie par un « miracle » financier selon son pasteur, Jorge Ledesma, met en lumière des soupçons de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale. Ledesma a déclaré que 100 000 pesos (environ 250 $ US) s’étaient transformés en 100 000 dollars (environ 2 500 $ US) dans son coffre-fort.

Les représentants de l’ACIERA insistent sur le fait que les congrégations ne donnent pas de directives de vote et que les choix politiques restent une affaire personnelle. Des études privées confirment que les évangéliques ne constituent pas un groupe homogène et que seulement environ 20 % d’entre eux ont voté pour La Libertad Avanza.

À ce stade, il est difficile de prédire l’impact réel de cette nouvelle présence évangélique au Parlement. Ce qui est certain, c’est que le paysage politique argentin est en pleine mutation et que l’influence des religions, et plus particulièrement de l’évangélisme, est appelée à croître.

Chiffres clés

  • 15,3 % : Pourcentage de la population argentine se déclarant évangélique (2019).
  • 7 millions : Nombre approximatif d’Argentins évangéliques (2019).
  • 7 : Nombre de députés évangéliques élus sous l’étiquette La Libertad Avanza.
  • 2 : Nombre de sénateurs évangéliques élus sous l’étiquette La Libertad Avanza.

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