Édition française
En continu
---Advertisement---

Monde

L’Asie du Sud-Est évolue vers un réseau industriel multi-hub : Roland Berger

Publié le 31 octobre 2025 02:35:00. L'Asie du Sud-Est, riche en ressources naturelles et portée par une croissance démographique soutenue, pourrait devenir un acteur économique majeur sur la scène internationale, en particulier dans un contexte mondial marqué par…

L’Asie du Sud-Est évolue vers un réseau industriel multi-hub : Roland Berger

Publié le 31 octobre 2025 02:35:00. L’Asie du Sud-Est, riche en ressources naturelles et portée par une croissance démographique soutenue, pourrait devenir un acteur économique majeur sur la scène internationale, en particulier dans un contexte mondial marqué par une demande accrue de matières premières et de développement.

  • Les faibles coûts de main-d’œuvre continuent d’attirer les fabricants dans la région, mais l’Asie du Sud-Est se transforme rapidement en un réseau de pôles industriels spécialisés.
  • La collaboration régionale et l’intégration industrielle sont essentielles pour transformer les atouts de la région en un véritable levier stratégique.
  • Les ressources naturelles de l’Asie du Sud-Est, notamment le nickel, pourraient servir de monnaie d’échange pour négocier des transferts de technologie et des partenariats en matière de recherche et développement.

Kuala Lumpur – L’Asie du Sud-Est est en pleine mutation. Si les coûts de main-d’œuvre avantageux continuent d’attirer les entreprises manufacturières, la région évolue vers un modèle plus sophistiqué, articulé autour de pôles industriels spécialisés. L’Indonésie et les Philippines se positionnent comme fournisseurs de minéraux essentiels, la Malaisie et le Vietnam se concentrent sur l’électronique intermédiaire, la Thaïlande se développe dans l’assemblage de véhicules électriques, et Singapour renforce son rôle de centre financier.

Selon un rapport publié en septembre par le cabinet de conseil Roland Berger, intitulé La reconfiguration de la chaîne d’approvisionnement en Asie, les acteurs qui parviendront à orchestrer ce réseau régional en développant des sources d’approvisionnement diversifiées, en intégrant des pratiques durables et en tirant parti des routes de réexportation de Singapour pour atténuer les effets des droits de douane seront les grands gagnants.

« Une fois que nous aurons changé notre état d’esprit de la concurrence à la collaboration, « Made in South-East Asia » ne sera plus seulement un label. Ce sera un avantage. »

John Low, co-directeur associé pour l’Asie du Sud-Est chez Roland Berger

Les vastes réserves de minéraux essentiels de la région, combinées à un marché de consommation en pleine expansion, pourraient constituer un atout majeur dans un monde avide de ressources et de croissance. Le défi consiste désormais à transformer cet avantage en un véritable levier stratégique, alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales se réajustent.

Le rapport souligne que l’intégration régionale et la délocalisation industrielle ont façonné un écosystème manufacturier asiatique à plusieurs niveaux : la Chine se positionne comme leader technologique, l’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Est offrent une capacité de production importante, tandis que le Japon et la Corée du Sud apportent leur savoir-faire.

Pour que cette structure évolutive porte ses fruits, il est essentiel de passer d’une logique de concurrence à une logique de collaboration. Une collaboration qui pourrait faire de la région un réseau coordonné de synergies industrielles transfrontalières, au lieu de simplement être l' »usine du monde ».

John Low souligne que la principale faiblesse de la région n’est pas le manque de capacité, mais sa fragmentation.

« De nombreux pays d’Asie du Sud-Est proposent les mêmes services de semi-conducteurs. La question est : comment pouvons-nous travailler ensemble pour devenir une puissance régionale plutôt que des acteurs isolés ? »

John Low, co-directeur associé pour l’Asie du Sud-Est chez Roland Berger

Le rapport identifie un manque de collaboration régionale comme l’un des trois principaux défis auxquels l’Asie est confrontée, aux côtés d’une surcapacité dans les industries à faible valeur ajoutée et de fondations fragiles dans le secteur manufacturier de pointe. Sans un leader clair de la chaîne d’approvisionnement, les normes et les stratégies restent fragmentées, ce qui freine l’intégration.

La solution, selon John Low, est simple : collaborer davantage et rivaliser plus intelligemment.

« Nous avons un marché de 750 millions de personnes. Si je peux m’approvisionner au sein de l’ASEAN plutôt qu’à l’extérieur, je devrais donner la préférence à mes partenaires régionaux. »

John Low, co-directeur associé pour l’Asie du Sud-Est chez Roland Berger

Il suggère notamment d’harmoniser les normes logistiques et douanières pour faciliter les échanges, et de mettre en place des politiques fiscales ciblées qui soutiennent la fiabilité de l’électricité et des transports, plutôt que des allégements fiscaux généralisés.

Le Penang Automation Cluster (PAC) en Malaisie est un exemple concret de collaboration réussie. Créé en 2017 par trois entreprises technologiques de Penang – Vitrox, Pentamaster et Walta Engineering – le PAC offre un centre unique d’ingénierie de précision et de composants métalliques, soutenant les opérations des sociétés multinationales à Penang et Kulim.

Chaque entreprise apporte ses propres atouts à la chaîne des semi-conducteurs, ce qui leur permet de proposer des solutions compétitives à l’échelle mondiale.

Les ressources naturelles de l’Asie du Sud-Est sont également un atout majeur. L’Indonésie, qui détient 42 % des réserves mondiales de nickel, transforme cet avantage en une industrie de cellules de batterie, qui devrait passer de 10 GWh cette année à 140 GWh d’ici 2030. Les Philippines, qui exportent plus de 370 000 tonnes de nickel par an, développent également rapidement leurs sources d’énergie propre, avec une croissance de 5 % par an.

La Malaisie, quant à elle, gère environ un tiers des exportations mondiales d’assemblage et de tests de semi-conducteurs et investit 11 milliards de dollars américains dans de nouvelles capacités de fabrication de plaquettes.

John Low estime que ces atouts devraient être utilisés pour négocier des transferts de technologie et des partenariats en matière de recherche et développement.

« C’est comme le vieux troc : vous achetez mon huile de palme, j’achète vos machines. Nous pouvons exploiter les matières premières pour garantir la formation, les connaissances et les partenariats. »

John Low, co-directeur associé pour l’Asie du Sud-Est chez Roland Berger

Une telle approche pourrait permettre à l’Asie de sortir de sa position de simple fabricant à faible marge et de gravir les échelons de l’innovation.

Pour que la collaboration régionale fonctionne, il est essentiel d’améliorer la logistique et les infrastructures. John Low souligne l’importance de la liaison ferroviaire de la côte Est de la Malaisie et des corridors transnationaux reliant Singapour, la Thaïlande et la Chine.

Le rapport met en évidence l’impact du RCEP sur les flux de composants, qui sont désormais transférés de Batam à Binh Duong en passant par Penang avant qu’une seule déclaration d’exportation ne soit déposée. Les expéditions liées à l’Indonésie ont augmenté de 5,6 % par an depuis 2019, dépassant les 106 milliards de dollars – un signe de la consolidation de « Factory Asia ».

Cependant, des obstacles persistent. Le classement de l’Indonésie en matière de performance logistique reste faible, les douanes des ports thaïlandais sont lentes et les coûts de transport intérieur au Vietnam sont élevés. L’automatisation est limitée par la pénurie d’ingénieurs qualifiés et les coûts énergétiques élevés. John Low insiste sur l’importance de faciliter la circulation des biens et des personnes, en réduisant les coûts, les délais et les risques.

Concernant le découplage technologique des États-Unis, John Low estime que l’Asie du Sud-Est n’est pas encore en mesure de s’en affranchir.

« À court terme – cinq à dix ans – non. Tout ce que nous utilisons est intégré dans les systèmes américains. Mais d’ici vingt ans, peut-être moins, cela se produira. »

John Low, co-directeur associé pour l’Asie du Sud-Est chez Roland Berger

Le rapport de Roland Berger souligne également la montée en puissance de la Chine dans la chaîne de valeur, grâce à des initiatives telles que « Made in China 2025 » et le modèle de « double circulation ». À mesure que la Chine localise davantage sa production haut de gamme, le rôle de l’Asie du Sud-Est devient celui d’un partenaire et d’une charnière, accueillant une capacité qui complète, plutôt que concurrencer, les ambitions de la Chine dans le secteur manufacturier de pointe.

John Low estime que la Chine, le Japon et la Corée du Sud constitueront le pilier de la couche technologique de pointe, tandis que l’Asie du Sud-Est pourra fournir les ressources, l’échelle de production et l’accès aux marchés, tout en bénéficiant d’un transfert de connaissances.

Il préconise de promouvoir une innovation conjointe adaptée aux besoins locaux, en développant des produits spécifiquement conçus pour les marchés asiatiques, plutôt que de simplement adapter des produits conçus pour le Japon ou les États-Unis.

Enfin, John Low reconnaît que la Malaisie est à la traîne par rapport à certains de ses voisins, en raison de l’instabilité politique qui a freiné les investissements. Il estime cependant que la Malaisie peut redresser la situation en s’appuyant sur sa solide base dans le secteur des semi-conducteurs et en élargissant son empreinte industrielle au-delà de Penang. Des projets stratégiques tels que Carey Island et East Coast Rail Link pourraient améliorer la logistique et attirer de nouveaux investissements, tandis que la zone économique spéciale Johor-Singapour offre un modèle de synergie transfrontalière.

« Singapour possède une R&D de classe mondiale mais manque de terres et de ressources ; Johor peut offrir une fabrication intermédiaire et des emplois hautement qualifiés. »

John Low, co-directeur associé pour l’Asie du Sud-Est chez Roland Berger

Join WhatsApp

Join Now

Join Telegram

Join Now

Laisser un commentaire

À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.