Publié le 22 octobre 2025 12h36. La Banque mondiale assurera la gestion administrative d’un nouveau fonds international destiné à financer la protection des forêts tropicales, une initiative lancée par le Brésil en vue de la COP30 à Belém, avec l’espoir de mobiliser des milliards de dollars d’investissements publics et privés.
- La Banque mondiale agira en tant qu’administrateur et secrétariat intérimaire du Fonds pour la forêt tropicale pour toujours (TFFF).
- Le TFFF vise à mobiliser 25 milliards de dollars d’investissements publics et 100 milliards de dollars de capitaux privés pour récompenser les pays qui préservent leurs forêts.
- Le Brésil a promis une contribution initiale de 1 milliard de dollars au fonds.
La Banque mondiale a officiellement confirmé, lors d’une réunion de son conseil d’administration, qu’elle prendrait en charge les opérations initiales et les rapports financiers du TFFF, en attendant la mise en place d’une structure institutionnelle permanente. Cette décision, saluée par le ministre brésilien des Finances, Fernando Haddad, marque une étape cruciale dans la transformation du TFFF « d’une idée en une réalité pleinement opérationnelle ». Selon Haddad, « avec cette base en place, le TFFF est désormais prêt à permettre aux pays de suivre l’exemple du Brésil en prenant leurs propres engagements ».
L’annonce intervient alors que les pays en développement se plaignent des difficultés d’accès aux financements forestiers existants, notamment ceux du Fonds mondial pour l’environnement, et que l’aide étrangère à la conservation des forêts diminue en Europe et aux États-Unis. Les besoins de financement pour la protection des forêts sont considérables, estimés entre 20 et 72 milliards de dollars par an (18 à 65 milliards d’euros), alors que seuls 2,3 milliards de dollars (2,1 milliards d’euros) ont été consacrés à cet objectif en 2022.
Le TFFF, conçu comme un instrument de financement mixte, s’appuiera sur des contributions publiques et privées pour rémunérer directement les pays tropicaux qui démontrent une protection efficace de leurs forêts. Le mécanisme fonctionnerait à l’image d’un fonds d’investissement : les donateurs et les investisseurs privés injecteraient des capitaux sur les marchés financiers, une partie des bénéfices étant redistribuée aux pays pour la conservation, et le reste servant à rembourser les investisseurs. Le Brésil a déjà promis une contribution initiale de 1 milliard de dollars, un apport considéré comme essentiel pour réduire le risque du fonds et améliorer sa cote de crédit.
Plusieurs pays donateurs, dont la Norvège, l’Allemagne, les Émirats arabes unis et le Royaume-Uni, ont exprimé leur soutien au TFFF et ont participé à sa conception. D’autres contributions financières sont attendues lors du lancement officiel du fonds, prévu le 6 novembre lors du sommet des dirigeants de la COP30 à Belém.
Le TFFF prévoit une période d’hébergement intérimaire de trois ans au sein de la Banque mondiale, après quoi son conseil d’administration évaluera la possibilité de maintenir cette structure. Un secrétariat officiel sera également créé, afin de garantir une gouvernance, une responsabilité et une prévisibilité optimales. Le fonds sera dirigé par un conseil d’administration composé de 18 pays, avec une représentation équilibrée entre donateurs et nations forestières. Un comité consultatif scientifique et un conseil consultatif des peuples autochtones seront également mis en place.
Cependant, l’initiative suscite des critiques, notamment concernant le rôle central de la Banque mondiale et l’optimisme quant aux rendements potentiels des investissements dans les économies émergentes. La Global Forest Coalition (GFC), une coalition internationale d’ONG de défense des droits des peuples autochtones, s’oppose au TFFF en raison de sa forte dépendance aux investissements privés.
« Tous les programmes financiers mis en place pour la conservation des forêts et soutenus par la Banque mondiale continuent d’échouer. Ils sont plutôt mis en place pour favoriser les investisseurs capitalistes au lieu de résoudre les problèmes de déforestation »,
Kwami Kpondzo, directeur exécutif du Centre togolais pour la justice environnementale
La GFC craint que les droits des peuples autochtones et des communautés locales ne soient à nouveau sacrifiés au nom de la conservation. La coalition exhorte la Banque mondiale à se retirer de l’hébergement du fonds.