Publié le 12 janvier 2026 à 10h00. Des chercheurs de l’université Justus Liebig de Giessen (JLU) ont découvert que les préférences alimentaires des mouches des fruits sont déterminées par leur cerveau, et non par leurs papilles gustatives, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies de lutte contre les insectes.
- Une étude internationale révèle que le cerveau des mouches des fruits contrôle leurs préférences pour les saveurs sucrées ou amères.
- Les résultats, publiés dans la revue Nature, pourraient permettre de développer de nouvelles méthodes pour influencer le comportement alimentaire des insectes nuisibles.
- L’étude porte sur trois espèces de mouches des fruits : Drosophila melanogaster, Drosophila simulans et Drosophila sechellia.
Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la sensibilité des cellules gustatives qui dicte les choix alimentaires des mouches des fruits, mais bien l’activité de leur cerveau. C’est la conclusion d’une recherche menée par une équipe internationale, incluant des scientifiques de la JLU Giessen, et dont les résultats ont été publiés dans la prestigieuse revue scientifique Nature.
Les mouches des fruits Drosophila melanogaster et Drosophila simulans sont connues pour leur régime alimentaire peu exigeant. En revanche, Drosophila sechellia, originaire des îles Seychelles, se nourrit exclusivement du fruit de noni (Morinda citrifolia), un fruit particulièrement acide et amer que les deux autres espèces évitent. Les chercheurs se sont interrogés sur l’origine de cette préférence spécifique. L’hypothèse initiale était que des modifications génétiques au niveau des cellules sensorielles du goût expliquaient ce comportement. Or, les analyses ont montré que ces cellules réagissaient de manière similaire aux substances sucrées et amères chez les différentes espèces.
« L’activité des cellules sensorielles du goût ne pouvait pas expliquer le comportement alimentaire de Drosophila sechellia », explique le professeur Daniel Münch, du département de neurophysiologie animale de la JLU. Pour comprendre les mécanismes en jeu, l’équipe a développé une technique d’imagerie permettant d’enregistrer l’activité de tous les neurones de la zone de traitement du goût dans le cerveau de la mouche. Les travaux ont été réalisés initialement au « Centre Champalimaud pour l’Inconnu » à Lisbonne, et une méthode similaire est actuellement en cours de développement au sein du groupe de recherche du professeur Münch à la JLU.
L’étude s’est concentrée sur la « zone sous-œsophagienne », une région du cerveau de la mouche impliquée dans l’évaluation des aliments. Les chercheurs ont constaté que les différences de comportement alimentaire entre les espèces étaient liées à la manière dont les informations étaient traitées dans cette zone. « Certaines régions de la zone sous-œsophagienne de Drosophila sechellia ont réagi plus fortement au noni qu’au jus de raisin, alors que c’était l’inverse chez Drosophila melanogaster », précise Daniel Münch.
Ces découvertes pourraient avoir des implications importantes dans le domaine de la lutte contre les insectes. « Nous pensions auparavant que nous pouvions influencer le comportement alimentaire des insectes en manipulant leurs organes sensoriels périphériques », souligne l’expert. « Nos résultats suggèrent qu’il existe d’autres cibles potentielles. »
Outre le professeur Daniel Münch, l’étude a été menée en collaboration avec des chercheurs du « Centre Champalimaud pour l’Inconnu », de l’Université de Lausanne (Suisse) et de l’Université de Fribourg (Suisse).
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