Publié le 2024-02-29 10:30:00. Des chercheurs québécois ont identifié un marqueur sanguin prometteur pour mieux évaluer les troubles d’apprentissage et les difficultés comportementales chez les personnes atteintes du syndrome du X fragile, la cause héréditaire la plus fréquente de déficience intellectuelle.
- Une nouvelle analyse du métabolisme du cholestérol cérébral pourrait permettre d’anticiper la sévérité des symptômes du syndrome du X fragile (FXS).
- Les niveaux de 24S-hydroxycholestérol (24-OHC) dans le sang sont corrélés aux capacités cognitives et au bien-être émotionnel des patients.
- Cette découverte ouvre la voie à un diagnostic plus précis et à une prise en charge personnalisée pour les familles concernées.
Le syndrome du X fragile (FXS) touche des milliers de personnes chaque année, principalement aux États-Unis, et se caractérise par une grande variabilité des symptômes. Si le test génétique permet de confirmer la présence de la mutation responsable – une répétition trinucléotidique sur le gène FMR1 – il reste difficile pour les parents de prévoir l’ampleur des difficultés d’apprentissage et des troubles du comportement que leur enfant pourrait rencontrer.
Une équipe de l’Université de Sherbrooke, dirigée par Asma Laroui Artuela Çaku et Jean-François Lepage, s’est penchée sur la recherche de biomarqueurs plus précis pour évaluer la fonction cérébrale dans le FXS. Leurs travaux, récemment publiés dans le Journal de recherche sur les lipides, pourraient changer la donne.
« Nous avons accès à une clinique spécialisée dans le FXS qui regroupe des patients de toute la province du Québec, ce qui nous permet d’établir des liens entre le profil lipidique et les manifestations cliniques », explique Çaku. L’étude a révélé que les patients atteints du syndrome du X fragile présentent des niveaux plus faibles de 24S-hydroxycholestérol (24-OHC) – un métabolite dérivé du cholestérol cérébral – par rapport aux personnes non affectées.
Le cholestérol est synthétisé dans le cerveau par des cellules appelées astrocytes. L’excès de cholestérol est ensuite converti en 24-OHC avant d’être transporté dans le sang. Ainsi, une diminution du 24-OHC dans le sang pourrait servir d’indicateur non invasif du métabolisme du cholestérol cérébral chez les patients atteints de FXS.
Les chercheurs ont également constaté une corrélation inverse entre les niveaux de 24-OHC et certaines mesures neurologiques. Les patients présentant des taux de 24-OHC plus bas affichaient des potentiels évoqués moteurs plus lents, signe d’une activité moins efficace des motoneurones lors d’une stimulation magnétique transcrânienne. De plus, les questionnaires comportementaux et cognitifs ont révélé que les patients avec des niveaux de 24-OHC plus faibles signalaient davantage de difficultés de communication sociale, ainsi que des symptômes d’anxiété et de dépression.
« Ces résultats suggèrent que le 24-OHC pourrait être un biomarqueur précieux pour aider les cliniciens à donner aux familles une meilleure idée de ce à quoi s’attendre après un diagnostic de FXS », résume l’équipe.
« Nous cherchons à développer des techniques non invasives », précise Çaku. « Avec une simple prise de sang, il est possible d’obtenir des informations sur le fonctionnement du cerveau. » Ces profils lipidiques pourraient ainsi aider les patients et leurs familles à mieux comprendre leur développement neurologique.
Laroui ajoute que cette découverte apporte également un éclairage nouveau sur la biologie du cholestérol cérébral, un domaine moins exploré que celui du cholestérol périphérique. « Il existe de nombreuses recherches sur le cholestérol dans le sang, mais comparativement moins d’études sur le cholestérol dans le cerveau. Pourtant, nous avons constaté que dans les maladies où le cholestérol cérébral est dérégulé, cela peut avoir un impact sur les symptômes », explique-t-elle.
L’équipe de Sherbrooke prévoit maintenant d’étudier les mécanismes responsables de ce métabolisme anormal du cholestérol dans le FXS. « Il est possible qu’une enzyme soit dérégulée, ou que les astrocytes ne produisent pas suffisamment de cholestérol », suggère Laroui. Malgré les questions qui restent en suspens, les chercheurs sont optimistes quant à l’impact potentiel de leurs travaux sur la compréhension des troubles lipidiques cérébraux et sur l’amélioration des soins aux patients.
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