Home DivertissementLe cinéma vend une frontière sauvage, les résidents paient la facture

Le cinéma vend une frontière sauvage, les résidents paient la facture

by Antoine Girard

Publié le 2024-02-29 10:35:00. La série Trap House, disponible sur Prime Video, ravive les clichés sur la frontière américano-mexicaine, en particulier autour d’El Paso et Ciudad Juárez, en se concentrant sur les tunnels et le trafic de drogue, au risque de stigmatiser une région déjà confrontée à de nombreux défis.

  • La série met en scène des agents de la DEA dont les enfants adolescents se lancent dans des activités criminelles liées au trafic de drogue.
  • Trap House renforce l’image d’une frontière où la loi est faible et où les cartels règnent en maîtres.
  • Le film est critiqué pour simplifier une réalité complexe et ignorer les efforts locaux pour lutter contre le trafic de drogue.

La nouvelle série policière Trap House, réalisée par Michael Dowse et portée par Dave Bautista, Kate del Castillo, Bobby Cannavale et Tony Dalton, utilise un décor familier du cinéma : la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Le récit, disponible sur Prime Video depuis quelques mois, explore les méandres du trafic de drogue à travers l’histoire de deux agents de la Drug Enforcement Administration (DEA) – Ray Seale et André Washburn – qui traquent un groupe de voleurs liés à un puissant cartel. L’intrigue prend une tournure inattendue lorsqu’ils découvrent que les auteurs du vol ne sont autres que leurs propres enfants adolescents, qui utilisent les connaissances acquises auprès de leurs parents pour attaquer les refuges du cartel.

Au-delà de l’action et du suspense, c’est la représentation de la frontière qui suscite l’interrogation. Trap House dépeint El Paso et Ciudad Juárez comme un corridor sombre, contrôlé par le trafic de drogue, où les vies et les destins sont façonnés par les réseaux criminels. Le film évoque même l’existence de tunnels utilisés par les cartels et suggère une attaque contre des agents de la DEA à El Paso, renforçant ainsi l’idée d’un territoire constamment menacé.

Si le film s’appuie sur des faits réels – le trafic de drogue et l’utilisation d’El Paso comme point de transit vers d’autres villes américaines sont des phénomènes documentés – il est accusé de simplifier une réalité bien plus complexe. L’histoire tend à stigmatiser une région qui se bat depuis des années contre un problème aux causes multiples, influencées par des facteurs nationaux et internationaux tels que le flux d’armes, la consommation de drogue aux États-Unis et les défaillances des réseaux financiers et politiques des deux côtés de la frontière.

En réduisant la situation à un simple récit de « territoire de non-droit », Trap House occulte la vie quotidienne des habitants, les efforts déployés par les institutions et la société civile pour endiguer la violence, et la responsabilité partagée dans la lutte contre le trafic de drogue. Le film, en tant que divertissement, rappelle ainsi la manière dont le cinéma peut renforcer les stéréotypes et les étiquettes négatives associés à certaines villes. La question se pose alors : combien de fois encore la frontière sera-t-elle présentée comme le bouc émissaire idéal pour expliquer une crise qui dépasse les frontières géographiques et qui est, en grande partie, mondiale ?

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