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Le débat sur le divorce aux Philippines : pourquoi pas un référendum populaire ?

Publié le 26 décembre 2025 à 06h00. Aux Philippines, seul pays d'Asie à ne pas autoriser le divorce, la question divise profondément la société et relance un débat politique complexe, malgré l'opposition de l'Église catholique influente. Le Congrès…

Le débat sur le divorce aux Philippines : pourquoi pas un référendum populaire ?

Publié le 26 décembre 2025 à 06h00. Aux Philippines, seul pays d’Asie à ne pas autoriser le divorce, la question divise profondément la société et relance un débat politique complexe, malgré l’opposition de l’Église catholique influente.

  • Le Congrès philippin examine un nouveau projet de loi visant à légaliser le divorce, après un échec similaire lors de la session précédente.
  • L’opinion publique reste divisée, avec une majorité de Philippins s’opposant encore à la légalisation, selon un récent sondage.
  • Des organisations de défense des droits des femmes et de la société civile plaident pour un référendum public afin de trancher la question.

Les Philippines constituent une exception notable sur la scène internationale : c’est le seul pays en dehors de la Cité du Vatican où le divorce n’est pas reconnu par la loi. Dans cet archipel où la religion imprègne fortement la vie publique, 79 % de la population, soit 86 millions de personnes, se déclarent catholiques, faisant des Philippines le troisième pays catholique le plus peuplé au monde après le Brésil et le Mexique.

L’Église catholique romaine, particulièrement influente aux Philippines, a historiquement constitué un obstacle majeur à la légalisation du divorce. Son opposition rend difficile pour les individus de se libérer de mariages abusifs ou malheureux. Cette influence s’étend au-delà du simple domaine religieux : de grandes églises, souvent soutenues par des élites, exercent une pression politique par le biais de soutiens électoraux et de la nomination de responsables religieux à des postes clés. Cela permet à leurs programmes de s’intégrer dans les politiques nationales.

L’ouverture du 20e Congrès philippin, le 30 juin, a relancé le débat. Un nouveau projet de loi, connu sous le nom de « Loi sur le divorce absolu » (projet de loi interne 9349), initialement déposé par le regretté député Edcel Lagman Jr, devrait être de nouveau présenté. Lors de la campagne présidentielle de 2022, le président Ferdinand « Bongbong » Marcos Jr s’était déclaré ouvert à la légalisation du divorce. La Chambre des représentants avait adopté le projet de loi 9349, mais le Sénat avait choisi de ne pas l’approuver (projet de loi du Sénat 147).

Selon la Constitution philippine de 1987, un projet de loi doit être adopté par les deux chambres du Congrès à la majorité simple pour devenir loi. Cependant, un veto présidentiel nécessiterait un vote des deux tiers dans chaque chambre pour être annulé. Le projet de loi sur le divorce ne figurant pas sur la liste des priorités législatives de Marcos Jr publiée ces deux dernières années, ses chances d’être adopté dans le cadre du programme législatif actuel sont minces.

Malgré cette réticence politique, une coalition pro-divorce, regroupant des défenseurs des droits des femmes, des partis politiques comme Gabriela, et des organisations de la société civile telles que la Coalition pour le divorce aux Philippines, tente de relancer le débat. Ses arguments clés sont les suivants : la légalisation du divorce est un droit constitutionnel, il était autorisé dans le passé, il favorise le bien-être général, notamment celui des femmes piégées dans des mariages malheureux, et la nature laïque de l’État philippin exige une séparation entre religion et législation.

À l’opposé, une coalition anti-divorce, menée par la Conférence des évêques catholiques des Philippines, la Super Coalition contre le divorce, ainsi que des groupes tels que Couples for Christ et l’Alliance for the Family Foundation Philippines Incorporated, s’oppose fermement à la légalisation. Ils estiment que cela violerait la Constitution en matière de protection de la famille, pourrait aggraver la situation des femmes et des enfants, et engendrer des problèmes émotionnels, psychologiques et sociaux.

Cette division se reflète dans l’opinion publique. Un sondage de 2024 a révélé que 57 % des Philippins s’opposent à la légalisation du divorce, en hausse de 6 points par rapport à 2023 selon un sondage similaire. 55 % des personnes interrogées ont également déclaré qu’elles ne voteraient pas pour un candidat favorable au divorce, soulignant la dimension politique de cette question.

Une solution envisagée est de soumettre la question à un référendum public, afin d’obtenir une position claire et légitime des citoyens philippins.

« Cette approche permettrait de sortir le processus politique des mains des élites et de donner le pouvoir de décision à ceux qui seront inévitablement affectés par cette politique. »

Quelques pays ont déjà eu recours au référendum pour légiférer sur le divorce, comme l’Irlande (1995) et Malte (2011). L’Italie a soumis le divorce à un référendum en 1974, qui a abouti à son abrogation.

Ces exemples montrent que, quel que soit le résultat, un référendum permet d’entendre la voix du peuple au-delà des intérêts particuliers. Permettre aux Philippins de décider directement de l’avenir du divorce serait une approche plus démocratique. Comme l’a souligné le politologue EE Schattschneider :

« Si un combat commence, surveillez la foule car la foule joue un rôle décisif. »

Un référendum public apparaît comme une solution prometteuse à cette impasse aux Philippines, où le divorce reste un sujet de confrontation entre l’État, les Églises et la société civile. Il est temps de laisser le peuple souverain décider de l’avenir du divorce dans le pays.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.