Home SantéLe déclin cognitif survient plus tôt chez les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque

Le déclin cognitif survient plus tôt chez les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque

by Sophie Martin

L’insuffisance cardiaque pourrait avoir des conséquences plus larges que les problèmes respiratoires et la fatigue : une nouvelle étude révèle qu’elle accélère le déclin cognitif, pouvant faire vieillir le cerveau de patients jusqu’à dix ans plus rapidement. Ces résultats soulignent l’importance d’une surveillance régulière des fonctions cognitives chez les personnes atteintes de cette maladie.

Une équipe de recherche de l’Université du Michigan a analysé les capacités cognitives de près de 30 000 adultes sur plusieurs années, en comparant ceux qui ont développé une insuffisance cardiaque à ceux qui n’en ont pas. Les chercheurs ont constaté que le diagnostic d’insuffisance cardiaque s’accompagnait d’une baisse significative des fonctions cognitives.

Au-delà de cette baisse initiale, l’étude a révélé que la cognition globale et les fonctions exécutives (planification, organisation, flexibilité mentale) diminuaient plus rapidement chez les patients cardiaques. Concrètement, après sept ans suivant le diagnostic, ces patients présentaient un vieillissement cérébral équivalent à dix ans.

Ce déclin accéléré ne semble pas être uniquement lié aux facteurs de risque classiques de troubles cognitifs, tels que l’hypertension artérielle ou les antécédents de crise cardiaque. L’étude précise que les personnes âgées, les femmes et les participants d’origine caucasienne sont les plus touchées par cette diminution de la cognition globale.

Selon les chercheurs, les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque pourraient atteindre un seuil de déclin cognitif significatif près de six ans plus tôt que celles qui n’en sont pas atteintes, et observer une diminution des fonctions exécutives environ quatre ans et demi plus tôt.

« La surveillance cognitive régulière des personnes âgées souffrant d’insuffisance cardiaque permettrait d’identifier les premiers signes de déclin et de proposer des soins de soutien adaptés », explique le Dr Deborah A. Levine, professeur de médecine interne et de neurologie à l’Université du Michigan.

Ces résultats corroborent une étude qualitative menée en 2024 par le Dr Supriya Shore, qui montrait que la plupart des patients souffrant d’insuffisance cardiaque avaient une compréhension limitée de leur pronostic. Les soignants, en revanche, étaient généralement conscients de la détérioration de l’état de santé de leurs proches. Certains patients ont également rapporté que leurs médecins évitaient d’aborder ces questions, ou utilisaient un langage trop technique.

« Les patients et leurs proches souhaitent que les discussions sur le pronostic commencent tôt et soient répétées régulièrement, en utilisant un langage clair et accessible », souligne le Dr Shore. « Ils veulent parler ouvertement de leur qualité de vie et de leur espérance de vie. Même si ces conversations sont difficiles, elles sont essentielles. Compte tenu du taux de déclin cognitif que nous avons observé, il est crucial d’aller à la rencontre des patients, avec empathie et transparence, afin d’améliorer la prise en charge de l’insuffisance cardiaque. »

Le Dr Shore insiste sur le fait que les décisions thérapeutiques sont complexes et dépendent fortement des capacités cognitives du patient. Il est donc impératif que les professionnels de santé évaluent ces capacités dès le diagnostic et les intègrent dans le plan de soins.

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