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Le feuilleton : les potins portés à l’art

Publié le 31 octobre 2025 17h49:00. Des mélodrames familiaux aux romances passionnées, les feuilletons télévisés ont conquis le cœur du public latino-américain, puis du monde entier, façonnant les cultures et reflétant les évolutions sociales de leurs pays d'origine.…

Le feuilleton : les potins portés à l’art

Publié le 31 octobre 2025 17h49:00. Des mélodrames familiaux aux romances passionnées, les feuilletons télévisés ont conquis le cœur du public latino-américain, puis du monde entier, façonnant les cultures et reflétant les évolutions sociales de leurs pays d’origine.

  • Le feuilleton brésilien, notamment grâce à Rede Globo, a marqué une étape importante avec des productions plus réalistes et ambitieuses.
  • La Colombie a réussi à s’imposer sur la scène internationale avec Betty la laide, un succès planétaire qui a ouvert la voie à d’autres productions audiovisuelles.
  • Les feuilletons turcs connaissent actuellement un engouement massif, influençant même les visites touristiques et les rencontres diplomatiques.

Pour les Latino-Américains, le feuilleton est bien plus qu’un simple divertissement : c’est un rituel familial, un reflet de la société et une source inépuisable de commérages. L’auteure se souvient de son enfance, à la fin des années 1970, où ses tantes, ses amis et même certains voisins se réunissaient chez ses grands-parents pour regarder ensemble Les riches pleurent aussi, avec Verónica Castro. Même les maris, souvent émus, se laissaient captiver par cette histoire d’amour contrarié entre une jeune fille de la campagne et un homme riche et sophistiqué.

Mais c’est le feuilleton brésilien qui a véritablement marqué la fin de son enfance. Dans les années 1980, des titres comme L’esclave Isaura, Journées de danse (avec Sonia Braga) et, surtout, Tout vaut (1988), considéré comme un chef-d’œuvre du genre, ont captivé le public. Ces productions se distinguaient par leur qualité de production, avec des tournages en extérieur, dans des lieux réels, et des acteurs plus proches de la réalité. Un réalisme qui contrastait avec les clichés habituels et qui reflétait les changements profonds que traversait le Brésil, en pleine transition vers la démocratie après une longue dictature.

Si le Mexique, le Venezuela et l’Argentine ont longtemps dominé la production de feuilletons, créant un véritable système de stars en Amérique latine, la Colombie a su trouver sa propre voie. Dès le début, le pays a misé sur des histoires ancrées dans son identité nationale, avec des accents et des idiomes régionaux forts, et sur la représentation de conflits sociaux et d’événements historiques. Cette stratégie lui a permis de fidéliser un public local solide.

C’est toutefois en 1999 que la Colombie a explosé sur la scène internationale avec Betty la laide. L’intrigue, qui rappelle celle de Les riches pleurent aussi, met en scène une jeune femme peu attrayante – en apparence – qui tombe amoureuse de son patron, un homme riche et puissant du monde de la mode. Un succès retentissant qui a ouvert la voie à d’autres genres et arts pour la Colombie, notamment les séries pour plateformes et le cinéma, faisant du pays une puissance audiovisuelle.

Aujourd’hui, ce sont les feuilletons turcs qui passionnent les foules, notamment en Amérique latine. Depuis 2014, leur popularité ne cesse de croître, au point de dominer le marché. Le succès de ces productions a renforcé l’image internationale de la Turquie, attirant des millions de téléspectateurs et de touristes vers ses sites historiques et culturels, souvent utilisés comme décors.

L’engouement est tel que même Nicolás Maduro, le leader vénézuélien, s’est rendu sur un plateau de tournage à Istanbul lors d’une visite à son homologue turc, Recep Tayyip Erdoğan. « Nous sommes très semblables », a-t-il déclaré en réalisant que l’actrice Ligia Elena était également turque.

Mais qu’est-ce qui explique cet engouement pour les feuilletons ? Pourquoi des récits souvent similaires continuent-ils de nous captiver ? Dans les années 1990, le Cubain Julio García Espinosa publiait un essai classique sur les médias, intitulé Le feuilleton ou potins élevé au rang d’art dramatique. Selon lui, le secret réside dans le goût universel pour les commérages. Le feuilleton offre ainsi un espace public pour partager et amplifier ces conversations.

Ainsi, on peut tous s’identifier à la romance de Ligia Elena, la fille du monde qui tombe amoureuse du trompettiste du quartier populaire. Il n’est donc pas surprenant que les gens aiment non seulement regarder des feuilletons, mais aussi en parler. Leur langage est si universel que ces histoires appartiennent à nous tous, qu’ils soient Mexicains, Brésiliens ou Turcs.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.