Publié le 26 novembre 2025 à 17h55. L’économiste en chef d’UBS Global Wealth Management, Paul Donovan, met en garde contre les faiblesses intrinsèques du Bitcoin, le comparant à une situation économique désespérée comme celle de la peste noire au XIVe siècle. Son analyse, publiée dans le Financial Times, intervient alors que l’adoption institutionnelle du Bitcoin semble s’accélérer.
- Paul Donovan souligne que la valeur d’une monnaie dépend de l’équilibre entre l’offre et la demande, et non du simple contrôle de l’offre.
- Il établit un parallèle entre le Bitcoin et les premières formes de papier-monnaie, soulignant l’importance d’une demande garantie, souvent par une obligation d’utilisation (comme le paiement des impôts).
- L’analyste met en avant le risque de déflation lié à une offre fixe de Bitcoin dans un contexte de ralentissement économique et de baisse de la demande.
Alors que JPMorgan lance un produit structuré lié au Bitcoin et que de nombreuses institutions financières se positionnent sur le marché des cryptomonnaies, une voix dissonante se fait entendre. Paul Donovan, économiste en chef d’UBS Global Wealth Management, relance le débat sur la viabilité du Bitcoin en tant que monnaie. Son article, publié dans le Financial Times, dresse un parallèle troublant entre la cryptomonnaie et les conséquences économiques de la peste noire au XIVe siècle.
Donovan commence par rappeler un principe économique fondamental : « La valeur d’une certaine monnaie ne dépend jamais du contrôle rigide de son offre. Les textes économiques les plus élémentaires vous diront que chaque valeur dépend de l’équilibre entre l’offre et la demande. » Il illustre ce point en prenant l’exemple d’un billet de banque fictif, le « Miosta », dont l’offre pourrait être limitée à 21 millions d’unités, comme le Bitcoin, mais qui ne trouverait aucun acheteur sur le marché.
L’analyste souligne que l’offre limitée ne garantit en aucun cas la valeur d’un actif. Il rappelle l’histoire du papier-monnaie en Chine au Xe siècle, où son acceptation était rendue obligatoire par l’État, sous peine de mort. Marco Polo, témoin de cette époque, rapportait : « Et lorsque ces papiers sont établis, il a tous les paiements effectués et dépensés pour toutes les provinces, royaumes et terres où il possède la domination ; et personne n’ose le lui refuser, sous peine de sa vie. » Donovan insinue que l’absence d’une telle contrainte étatique pour le Bitcoin constitue un handicap majeur.
Cependant, l’argument principal de Donovan réside dans la possibilité d’une déflation. Il explique que la masse monétaire « moderne » peut diminuer, et que cela s’est déjà produit, notamment après la pandémie de COVID-19. Il établit ensuite un parallèle avec la peste noire : « La population a chuté, moins de personnes signifiait moins de transactions et moins de demande. Alors que la demande a diminué, la masse monétaire n’a pas réagi, restant globalement stable. Le résultat ? Gonflage très rapide. » Il craint que le Bitcoin, avec son offre fixe, ne soit incapable de réagir à une baisse de la demande, entraînant une spirale déflationniste.
Donovan conclut en soulignant que plus de la moitié du produit intérieur brut mondial est généré dans des économies dont la population diminue. Il estime que les banques centrales peuvent réagir à ce phénomène, mais que les cryptomonnaies, elles, sont impuissantes. Il est toutefois amusant de noter, selon l’article, que ces critiques récurrentes n’ont jusqu’à présent pas freiné la progression du Bitcoin.
Cette attaque contre le Bitcoin s’inscrit dans un contexte de critiques similaires publiées dans le même journal en l’espace de 24 heures. Malgré ces assauts médiatiques, le Bitcoin continue de susciter l’intérêt et l’investissement, comme en témoigne l’engagement croissant des institutions financières.