Publié le 15 novembre 2025 14h00. Le gouvernement colombien prévoit une nouvelle émission d’obligations en euros pour alléger le fardeau de sa dette en dollars, dans le cadre d’une stratégie plus large de gestion financière visant à stabiliser l’économie nationale.
- Une nouvelle émission d’obligations en euros est prévue pour renforcer la courbe des rendements du pays dans cette monnaie.
- Le gouvernement entend racheter des obligations en dollars à taux élevés pour les remplacer par une dette en euros moins coûteuse.
- Cette stratégie s’accompagne d’une couverture de change et d’une appréciation du peso, contribuant à réduire le risque de change et à améliorer la liquidité.
Bogota s’apprête à lancer une nouvelle émission d’obligations internationales libellées en euros, une initiative qui s’inscrit dans une politique d’optimisation du profil de la dette publique. L’objectif principal est de réduire la dépendance au dollar américain et de diminuer les coûts de service de la dette, a expliqué Javier Andrés Cuéllar, directeur du Crédit Public et du Trésor National, dans une récente interview au journal El Tiempo.
Selon les prévisions, cette opération permettra de remplacer une dette en dollars, actuellement taxée à des taux d’intérêt de 7 à 8 %, par une dette en euros plus abordable, avec des coupons situés entre 4 et 5 %. “Nous n’avons pas encore défini les tranches ni les échéances, mais l’idée est d’émettre trois titres les années où il n’y a pas d’obligations dans cette monnaie aujourd’hui, afin de renforcer et d’élargir la courbe des rendements en euros”, a précisé M. Cuéllar.
Cette démarche ne constitue pas un nouvel endettement, mais plutôt un remplacement stratégique de la dette existante. Parallèlement à l’émission d’obligations en euros, le gouvernement prévoit de racheter des obligations extérieures dont les coupons dépassent 7 %, réduisant ainsi les paiements prévus pour 2026.
Le gouvernement espère mobiliser plus de 4 milliards de dollars d’obligations mondiales à taux élevés dans le cadre de cette stratégie globale. M. Cuéllar a souligné que les fondamentaux économiques de la Colombie ne justifient plus un écart de taux d’intérêt aussi important par rapport au Brésil. Il a noté que l’écart entre les taux d’intérêt à 10 ans des deux pays est passé de 163 à 32 points de base depuis avril et pourrait même s’approcher de zéro suite à cette opération.
Javier Cuéllar, directeur du Crédito Publico, lors d’un entretien avec le journal El Tiempo. Photo:MAURICIO MORENO
Cette annonce intervient après la finalisation récente d’une opération de couverture de change (Cross Currency Swap) sur la dette libellée en francs suisses. Cette stratégie, combinée à un échange préalable d’environ 2 milliards de dollars, a permis d’éliminer le risque lié aux fluctuations du franc suisse et a généré des bénéfices financiers d’environ 85 millions de dollars.
L’appréciation du peso colombien entre juillet et septembre a également permis de couvrir 2 669,8 millions de dollars du service de la dette extérieure, offrant ainsi un allègement budgétaire attendu vers la fin de l’année 2025.
Le ministre des Finances, Germán Ávila Plazas, a affirmé que ces actions “restaurent la confiance dans la gestion technique de la dette publique colombienne” et se traduisent déjà par une baisse des taux exigés par les investisseurs. M. Cuéllar a ajouté que l’annulation du swap marque la fin d’un cycle de risque de change réussi, améliorant des indicateurs clés tels que le ratio dette/PIB et la liquidité du Trésor.
Les analystes financiers avertissent que ce type d’opérations pourrait exercer une pression supplémentaire à la baisse sur le dollar, qui a récemment atteint des niveaux inférieurs à 3,7000 pesos, un seuil non observé depuis quatre ans. Ils estiment que les échanges de dettes réalisés ces derniers mois ont permis au gouvernement de monétiser environ 5,3 milliards de dollars, ce qui explique en partie la performance actuelle de la monnaie américaine et fait du peso l’une des monnaies les plus performantes de la région.
À ne pas manquer
