Publié le 15 novembre 2025 à 23h23. Des milliers de manifestants ont exprimé leur mécontentement à travers le Mexique, critiquant la politique de sécurité et la gestion du pays par la présidente Claudia Sheinbaum, dans des rassemblements initialement portés par la Génération Z mais rapidement rejoints par l’opposition.
- Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes mexicaines, dont Mexico, Monterrey et Guadalajara.
- Les manifestants ont dénoncé la corruption, l’insécurité et l’impunité, notamment suite au meurtre d’un maire de l’État du Michoacán.
- Le gouvernement Sheinbaum a accusé la droite internationale d’orchestrer ces protestations à l’aide de robots.
Le mécontentement populaire a pris forme samedi lors de marches qui ont rassemblé des citoyens de tous horizons à Mexico et dans d’autres grandes villes du pays. Si le mouvement a pris racine au sein de la Génération Z, il a rapidement attiré des critiques plus larges envers le gouvernement de Claudia Sheinbaum, au pouvoir depuis un peu plus d’un an. Les slogans scandés par les manifestants, tels que « Morena Out » (en référence au parti au pouvoir), « État corrompu, à cause de toi je suis en deuil » et « Narcoprésident », témoignent de la profondeur du malaise.
Les motivations des manifestants étaient diverses. Claudia Cruz, avocate de 30 ans, a affirmé marcher pour « un pays meilleur ». Fidel Sandoval, un enseignant retraité de 78 ans, a exprimé son indignation face au « manque de justice ». Le docteur Arizbeth García, 43 ans, a dénoncé les lacunes du système de santé publique et l’insécurité généralisée, déclarant :
« Nous nous exposons aussi à l’insécurité qui règne dans le pays, où quelqu’un peut vous tuer et rien ne se passe. »
Docteur Arizbeth García
La marche s’est déroulée globalement dans le calme, mais des incidents ont éclaté à la fin de la journée. Des jeunes, le visage dissimulé, ont renversé les barrières de sécurité érigées autour du Zócalo, la place principale de la capitale, provoquant des affrontements avec la police au cours desquels des cocktails Molotov, des pierres et des gaz lacrymogènes ont été utilisés. Des drapeaux mexicains et des drapeaux blancs, symbole de paix et de justice, flottaient parmi la foule.
Le meurtre du maire de l’État du Michoacán, Carlos Manzo, a particulièrement galvanisé les manifestants. Rosa María Ávila, conseillère immobilière de 65 ans venue de Pátzcuaro, Michoacán, a déclaré :
« C’était la mort de l’État. Ils l’ont tué parce que cela ne leur convenait pas, parce que c’était un homme qui allait dans les montagnes pour éliminer les criminels. Le seul qui a eu le courage de dire ça suffit. »
Rosa María Ávila
Elle a également exprimé son soutien à la politique sécuritaire controversée du président salvadorien Nayib Bukele, malgré les accusations de violations des droits de l’homme.
Outre Mexico, des rassemblements de moindre ampleur ont eu lieu à Monterrey, Guadalajara, Mérida, Puebla, Xalapa, Querétaro, Toluca et Cuernavaca, ainsi que dans l’État du Michoacán. Certains membres de la Génération Z ont pris leurs distances avec l’événement, tandis que des figures de l’opposition, comme l’ancien président Vicente Fox, du parti conservateur Action nationale, et l’homme d’affaires Ricardo Salinas Pliego, ont apporté leur soutien.
Le gouvernement Sheinbaum a dénoncé une manipulation orchestrée par « la droite internationale » et facilitée par l’utilisation de robots. Malgré la présence de symboles de la Génération Z, comme les drapeaux noirs ornés du crâne souriant et des os croisés de la série One Piece, les jeunes n’étaient pas majoritaires parmi les manifestants. Andrés Massa, consultant de 29 ans, a déclaré apprécier l’utilisation de cet emblème pour dénoncer la corruption et plaider pour une sécurité accrue :
« Je suis favorable à ce qu’il y ait un peu plus de sécurité, qu’il y ait un peu plus de sensibilisation pour tout le monde. »
Andrés Massa
La présidente Sheinbaum, arrivée au pouvoir le 1er octobre 2024, bénéficie toujours d’une popularité élevée. Bien qu’elle défende l’héritage de son prédécesseur, Andrés Manuel López Obrador, elle a réorienté la stratégie de sécurité pour lutter plus efficacement contre le crime organisé, sous la pression des États-Unis. Cependant, les problèmes structurels du pays, tels que l’insécurité, la corruption et l’impunité, persistent et alimentent le mécontentement, comme en témoignent les récents actes de violence au Michoacán.
Ces manifestations s’inscrivent dans un contexte de tensions sociales croissantes, marqué par des mouvements de protestation antérieurs, tels que ceux qui ont visé à contester la réforme du pouvoir judiciaire l’année dernière, ainsi que les mobilisations des groupes féministes et des mouvements de défense des droits humains réclamant justice pour les plus de 130 000 personnes disparues dans le pays.
Agences AP, ANSA et Reuters
Sur le même sujet
