Publié le 11 novembre 2025 à 15h53. Un groupe de carnaval brabançon est en litige avec ABBA et Universal Music pour une chanson jugée trop similaire à un titre suédois, et a réussi à lever 25 000 € pour financer ses frais de justice.
- Le groupe Kapotte Kachels a lancé une collecte de fonds en ligne pour couvrir les coûts d’un procès en contrefaçon.
- ABBA et Universal Music estiment que la chanson carnavalesque viole leurs droits d’auteur.
- Le groupe brabançon se défend en arguant qu’il s’agit d’une parodie et d’une œuvre créative originale.
Le groupe Kapotte Kachels, originaire de Brabant, se retrouve au cœur d’une bataille juridique inattendue avec les géants de la musique ABBA et Universal Music. La discorde ? Une chanson de carnaval qui, selon les ayants droit, ressemble trop à l’un de leurs titres emblématiques. Pour financer les frais de justice liés à ce litige, les musiciens ont lancé une campagne de financement participatif qui a rencontré un succès fulgurant, atteignant l’objectif de 25 000 € en quelques jours.
« Déposer un tel dossier coûte beaucoup d’argent. Nous avons prévu le pire scénario (c’est-à-dire que nous perdons). Ensuite, nous nous retrouvons avec environ 25 000 € », expliquent les membres de Kapotte Kachels sur la plateforme de financement participatif, où ils évoquent également une certaine « sørkousen scandinave » (une expression locale pour désigner une mélodie scandinave).
Une affaire qui va au-delà des blagues
Malgré le ton humoristique de la chanson, l’affaire est prise très au sérieux par les membres du groupe. Jop Roeland, l’un des trois musiciens, affirme à RTL Z :
« Nous voulons récupérer le numéro. »
Jop Roeland, membre du groupe Kapotte Kachels
Il insiste sur le fait qu’ils n’ont utilisé la mélodie de la chanson suédoise qu’« comme point de départ créatif ». Leur propre texte, typique du carnaval, a été écrit et une mélodie originale a été composée autour de ce thème.
ABBA et Universal Music, cependant, ne partagent pas cet avis. Ils estiment que la chanson est trop similaire à l’original et ont exigé son retrait de plusieurs plateformes de streaming, telles que Spotify et YouTube. Roeland raconte que cette demande est survenue de manière soudaine. Après de nombreux échanges par courriel et téléphone, le groupe n’a reçu aucune réponse de la Suède.
Pour les défendre, les Kapotte Kachels ont fait appel à Victor den Hollander, un avocat spécialisé dans le droit de la musique. Ce dernier est convaincu qu’ABBA et Universal Music se trompent et que les musiciens brabançons ne sont pas coupables de contrefaçon.
« C’est une parodie. Une touche humoristique est donnée à la chanson. Et l’humour est légalement autorisé. »
Victor den Hollander, avocat spécialisé dans le droit de la musique
Den Hollander souligne que, dans la culture carnavalesque, la moquerie est une tradition.
« Je comprends cela. En Suède, il n’y a pas de carnaval. »
Victor den Hollander, avocat spécialisé dans le droit de la musique
Il considère que la demande d’Universal de retirer la chanson pourrait être perçue comme une atteinte à la liberté d’expression.
Des précédents existent
Cette affaire n’est pas sans rappeler celle d’un autre titre carnavalesque, « Échelles Zat » de Gullie et Lanterfantje, sorti en 2023. Cette chanson avait également dû être retirée en ligne car elle était basée sur le morceau « Ladada (mon Dernier Mot) » de Claude. Le label Cloud 9 avait estimé que la parodie ne respectait pas l’œuvre originale, notamment en raison de l’association avec l’alcool. Le titre est depuis revenu en ligne.
Den Hollander estime qu’ABBA pourrait ne pas être directement impliquée dans cette affaire, et que ce pourrait être son éditeur qui a pris l’initiative de supprimer la chanson. Il souligne également que les Kapotte Kachels sont victimes de leur propre succès : leur chanson a été élue « biscuit de carnaval » de 2025 par Omroep Brabant, ce qui a attiré l’attention d’Universal et/ou d’ABBA. Plus d’informations sur le biscuit de carnaval.
Roeland reconnaît que le groupe tire des revenus de la chanson, mais insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de sommes considérables.
« Et parfois pour le dîner, une bière autour du spectacle ou pour le taxi pour se rendre au spectacle. Pour nous, ce n’est pas du tout une question d’argent. »
Jop Roeland, membre du groupe Kapotte Kachels
Le groupe a choisi de poursuivre une procédure judiciaire approfondie plutôt qu’une simple mesure conservatoire, afin d’obtenir une décision définitive et de créer un précédent pour l’avenir. La date et le lieu du procès restent à déterminer. Les membres de Kapotte Kachels se préparent à une longue bataille juridique, même si cela signifie que leur chanson ne sera pas disponible en ligne avant le prochain carnaval.
Ils se demandent également s’ils pourront interpréter la chanson en direct pendant la saison carnavalesque. Den Hollander estime que cela pourrait être considéré comme une infraction selon ABBA. Roeland, quant à lui, préfère se concentrer sur la fête.
Universal Music Suède et Universal Music Group (Pays-Bas) ont été contactés mais n’ont pas encore répondu. Contactez Universal Music Suède et Universal Music Group (Pays-Bas).