Publié le 17 janvier 2026 à 20h15. La Commission européenne et le Mercosur ont paraphé un accord commercial intérimaire ce samedi, un pas en avant significatif pour créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, malgré un contexte international complexe.
- L’accord représente une victoire pour le multilatéralisme et un signal fort en faveur d’un ordre mondial fondé sur des règles.
- Il renforce la présence européenne en Amérique du Sud et offre au Mercosur une diversification de ses partenaires commerciaux.
- L’accord ne menace pas l’agriculture européenne, mais au contraire, lui assure un approvisionnement stratégique en matières premières agricoles.
La signature de cet accord, après des années de négociations ardues, intervient à un moment où les tensions géopolitiques et le protectionnisme croissant menacent le commerce international. Il s’agit d’un message clair, selon les négociateurs, adressé notamment aux États-Unis, qui ont adopté une approche plus isolationniste ces dernières années.
Au-delà de son impact économique immédiat, l’accord possède une dimension géopolitique importante. Il permet à l’Union européenne de consolider sa présence en Amérique du Sud, une région où la concurrence avec d’autres grandes puissances, comme la Chine, s’intensifie. Pour le Mercosur, il s’agit d’une opportunité de réduire sa dépendance à certains marchés et d’accroître son autonomie stratégique. Les chiffres le confirment : la part de l’Union européenne dans les exportations du Mercosur est passée de 26 % au milieu des années 1990 à seulement 14 % en 2024, tandis que son poids en tant que fournisseur a diminué de 28 % à 18 %. Il est donc crucial pour l’Europe de ne pas laisser filer des opportunités commerciales et pour le Mercosur de diversifier ses relations.
L’accord devrait également servir de catalyseur pour une plus grande intégration régionale au sein du Mercosur. Créé en 1991 avec le Traité d’Asunción, le bloc économique peine encore à fonctionner comme une véritable union douanière. L’absence d’un tarif extérieur commun efficace, le manque de coordination macroéconomique et les barrières internes freinent son développement. Les incitations économiques offertes par l’accord avec l’Union européenne pourraient inciter les pays membres à accélérer le processus d’intégration.
Les inquiétudes concernant l’impact sur l’agriculture européenne sont, selon les négociateurs, largement infondées. L’accord ne concurrence pas l’agriculture européenne, mais la complète en lui fournissant des intrants essentiels. Plus de 70 % des importations européennes de protéines végétales – notamment de soja et de tourteau de soja – proviennent du Mercosur et sont indispensables à l’élevage intensif européen. L’approvisionnement en biodiesel, en intrants agricoles et en engrais (urée et potasse) est également assuré. Le coton, le bois et la cellulose, essentiels aux industries textile et de l’emballage agricole, complètent ce tableau.
En ce qui concerne les produits agroalimentaires finis, l’accès au marché européen est strictement encadré par des quotas tarifaires, des calendriers de réduction progressive des droits de douane et le respect de normes sanitaires et phytosanitaires rigoureuses. Dans le cas de la viande bovine, de la volaille et du porc, les volumes prévus représentent une part infime de la consommation européenne. Le quota de viande bovine, même en cas d’utilisation maximale, équivaut à seulement 1 à 1,5 % de la consommation annuelle de l’UE – soit, pour illustrer, l’équivalent d’un hamburger par personne et par an. Les effets sur la volaille et le porc sont encore plus marginaux, surtout dans un secteur où l’Union européenne est déjà exportatrice nette.
La ratification de l’accord par le Parlement européen constitue désormais une étape cruciale. Le processus ne sera pas sans embûches, mais les négociateurs sont optimistes. Comme le souligne un vieil adage chinois, « Quand vous buvez de l’eau, souvenez-vous de celui qui a creusé le puits ». C’est pourquoi cet accord doit être considéré comme un hommage à l’Espagne et à Manuel Marín, ancien commissaire européen et fervent défenseur de cette coopération interrégionale pendant plus de trente ans.
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